Dominique Raymond Poirier : "3 mon Monde"

Version Kindle (2011). Version Kindle (2011).


« 3 mon Monde » est le septième livre publié par Dominique Raymond Poirier.
Après une anti-utopie (« Grandoria »), un thriller (« Le Cavalier d’Allah »), deux romans de Science Fiction (Minutes » et « C.A.S.P.E.R. »), un essai (« Bojarski : Roi des Faux-monnayeurs ») et un roman proche du roman policier (« L’Apprenti »), l’auteur nous propose un récit qui est le témoignage de Rolland, un homme qui a vécu des années à l’ombre d’une société secrète qui donne son nom à ce roman.

Rolland a été recruté par une organisation secrète qu’il connaît sous le nom de « 3 mon Monde ». Obéissant aux instructions de ses supérieurs, il a commis des actes que la morale commune réprouve et a commencé à se poser des questions sur la justesse des valeurs et du comportement des membres de cette société secrète. Il a fini par être ostracisé par ses « Frères » et ses « Soeurs » et dans ce moment, décide de rédiger un témoignage sur « 3 mon Monde ». Ce témoignage est destiné aux autres membres de cette organisation et doit être caché aux « ignorants », c’est-à-dire aux personnes extérieures à l’organisation. Rolland détaille ainsi à son niveau apparemment plutôt modeste, ce qu’il a pu connaître de cette organisation…

« 3 mon Monde » emprunte des traits à des organisations existant dans notre monde à nous. Les plus évidentes sont la franc-maçonnerie, les rose-croix et les sectes religieuses.
Le goût du secret imprègne beaucoup de ces organisations. On sait par exemple que les francs-maçons tiennent farouchement à garder le secret sur leurs rites, initiatiques et autres. Si j’étais méchant, je dirais que les francs-maçons se rendent bien compte du ridicule de leurs rites qui ne sont qu’une variante des cérémonies religieuses des religions « classiques » et qu’il vaut mieux ne pas les montrer à des gens qui ne sont pas encore conditionnés à les trouver géniaux.
De leur côté, les rose-croix prétendent détenir un savoir qu’il est strictement interdit de dévoiler à des « non membres » et qui sera révélé à l’adhérent au fur et à mesure de ses progrès dans la « bonne voie ». L’ « AMORC » (c‘est à dire l‘« Ancien et Mystique Ordre de la Rose Croix ») par exemple propose à ses membres des brochures qui doivent rester secrètes et d’autres qui peuvent être montrées aux « ignorants ».
Quant aux sectes religieuses, les idées qui y sont défendues sont toutes plus fantaisistes les unes que les autres (avez-vous entendu parler des « adorateurs de l’oignon » ?).
Un autre point commun à ces organisations est que les adhérents sont persuadés d’être supérieurs aux personnes extérieures même si objectivement rien ne vient confirmer ce sentiment souvent maladif de supériorité.

Dominique Raymond Poirier utilise toutes ces composantes pour bâtir une organisation qui n’est pas sans rappeler la « Fraternité Philosophique Humaniste » du roman anti-utopique Grandoria qui s’inspirait beaucoup de la franc-maçonnerie française. Apparemment, les francs-maçons sont une des « bêtes noires » de l’auteur…

Aparté : il faut vraiment se méfier de toutes ces organisations et de tous ces gens qui se prétendent « humanistes ». Ce terme fait joli et vous place évidemment dans le camp du Bien mais « l’humanisme » contemporain n’est le plus souvent qu’un masque visant à promouvoir les idées et les pratiques les plus détestables comme le racket et le bourrage de crâne et donc la limitation des libertés individuelles (enfin, le peu qui nous en reste).

Pour en revenir à « 3 mon Monde », l’auteur distille quelques informations dans le cour du texte. Il semble que cette organisation soit dirigée par un conseil de « sages ». Elle recrute chaque fois qu’elle le peut les personnalités et les hommes de pouvoir, ne reculant devant aucune méthode pour s’assurer leur concours. On ne peut quitter « 3 mon Monde », sinon par la mort…
Le narrateur ne manque pas non plus dans son texte de nous expliquer pourquoi « 3 mon Monde » est d’essence supérieure et nous avons droit à des « arguments » qui sont vraiment utilisés dans le monde réel par certaines organisations. Cela donne un mélange de mysticisme, de pseudo philosophie incohérente et de truismes.
Mais un truisme asséné d’un air convaincu peut facilement donner l’illusion d’être une révélation…
L’esprit critique et la démarche scientifique sont bien sûr soigneusement évités.

Ce texte n’est pas un roman à proprement parler. Il prend plutôt la forme d’un témoignage fictif sur ce qui peut se passer dans la tête d’un membre de l’organisation qui finit par commencer à douter ou plutôt, qui après une période de doute intense revient dans l‘orthodoxie de sa secte.
Dominique Raymond Poirier fait précéder ce texte d’une préface dans laquelle il fait le point sur certaines techniques utilisées dans le cadre du « lavage de cerveau », techniques plus souvent employées qu’on pourrait le croire à priori.

Elément très important également, l’auteur a utilisé un style très particulier pour rédiger ce texte : un parti pris d’archaïsme volontaire qui ne fait rien pour simplifier la lecture et qui pourra rebuter certains lecteurs.
Par delà l’hommage à Thomas More, l’auteur de « L’Utopie », il aurait peut-être fallu intégrer dans le texte quelque chose qui justifie l’usage de ce style car Rolland vit dans notre monde et à notre époque.
Ce qui est dommage également, c’est qu’à cause de cette difficulté de lecture, Dominique Raymond Poirier a choisi de proposer un texte court (moins de cent pages). J’aurais aimé que les passages racontant ce qu’a commis ou ce dont a été témoin Rolland soient plus nombreux et plus longuement développés car ces passages sont peut-être les meilleurs de ce texte. L’effet ressenti quand Rolland décrit d’un ton détaché les pires horreurs est très intéressant…
Tel qu’il est aujourd’hui, « 3 mon Monde » est une curiosité, presque un exercice de style, prenant mais dont le public potentiel est réduit.

Sylvain

P.S. : je reproduis ci-dessous quelques mots de présentation de l'auteur.

 

"L’idée d’écrire "3 mon Monde" m’est venue de l’envie d’expliquer comment un monde tel que Grandoria, mon premier roman dystopien, pourrait être possible ; ou plutôt, comment je l’ai rendu possible, vraisemblable. Car Grandoria décrit un monde qui n’est pas plus absurde que quelques pays qui ont glissé, et glissent encore pour certains, dans le despotisme organisé, soit par un dictateur qui décide de tout, soit par une synarchie, un petit groupe d’illuminés, comme les Mollahs iraniens par exemple. Car s’il n’est pas rare qu’un fou, ou qu’un petit groupe d’illuminés fanatiques, parviennent à prendre le pouvoir dans un pays et précipitent toute sa population dans une existence cauchemardesque basée sur la souffrance morale et l’absurde, comment se fait-il que ces millions d’opprimés non seulement semblent incapables de s’en défendre, et même au contraire l’accepte et aident à l’entretenir ?

Il y a un truc, bien sûr. Ce truc n’est pas un mystère en vérité, car il est largement utilisé par les gouvernements de bien des pays qui veillent juste à ne pas en abuser. Et c’est juste pour cette dernière raison que les instances de ces autres gouvernements s’abstiennent d’en dénoncer l’usage et le fonctionnement. Ce truc, George Orwell ne l’a pas vraiment expliqué dans 1984 ; mais il a tenté de le faire dans La Ferme des Animaux, en revanche, sous sa forme la plus primaire. Car La Ferme des Animaux est une fable sur le thème du pouvoir.

L’ennui, c’est que lorsque nous autres romanciers décrivons des mondes utopiques absurdes et despotiques, nous le faisons toujours du point de vu du héros, qui est l’opprimé de ces mondes et ne peut s’y adapter parce qu’il ne les comprend pas. De fait, ces mondes utopiques sont absurdes pour l’entendement du lecteur, qui lui non plus ne peut les comprendre.

Alors je me suis dit : et si je décrivais une de ces utopies contemporaines depuis le point de vue d’un de ceux qui y croient et qui l’aiment sincèrement, tout comme Thomas More le fit avec son Utopia, premier récit fantastique de ce genre, d’ailleurs. Car m’intéressant, par le fait de circonstances tout à fait hasardeuses qui affectèrent mon existence, à ce qui se passe dans la tête des "utopistes", j’en savais bien assez pour expliquer comment et pourquoi des gens tombent amoureux d’idées cauchemardesques et cherchent à les imposer aux autres.

Puis, lorsque j’ai commencé l’écriture de "3 mon Monde", j’ai eu l’envie de m’offrir une fantaisie : celle de faire s’exprimer le personnage, qui parle à la première personne, en utilisant la syntaxe désuète (qui nous semble précieuse aujourd’hui), des premiers raconteurs d’utopies que furent Thomas More et Francis Bacon. L’écrivain et philosophe Ayn Rand l’ayant fait lorsqu’elle écrivit "Anthem, en 1937, j’ai pensé que mes lecteurs pourraient l’accepter pour autant que mon récit ne soit pas trop long. Et écrire ainsi "3 mon Monde" fut une expérience tout à la fois passionnante, enrichissante, et même étrange puisque je ne me reconnaissais plus lorsque je me relisais. Puis, lorsque ce fut fini, voyant l’étrange résultat, j’ai vu la nécessité d’y ajouter une préface à l’attention des lecteurs qui pourraient ne pas comprendre le propos de ce livre, et aussi de ceux qui pourraient s’intéresser au thème de "3 mon Monde" au-delà de son récit. 

Dominique Raymond Poirier"

 

Ce nouveau livre de Dominique Raymond Poirier est disponible en version Kindle sur le site d'Amazon

 

Sylvain

 

Liens :

 

- Le site de Dominique Raymond Poirier avec une présentation de ses livres ;

- Grandoria, le site ;

- Grandoria sur Facebook ;

- la page Amazon.com consacrée à Grandoria ;

- ma présentation de "Grandoria" ;

- quelques mots sur "Minutes" et sur "C.A.S.P.E.R.", les autres romans de Science Fiction de l'auteur.

 

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