2003 : le « Débat national sur l’avenir de l’Ecole » : compte-rendu libertarien d’une réunion publique


Avertissement :
je suis enseignant dans le premier degré depuis plus de vingt ans et j’ai longtemps travaillé en ZEP en élémentaire. J’ai cru pendant longtemps aussi au discours pédagogiste dominant aujourd’hui dans les écoles et dans les médias. J’en suis revenu. Je crois que nous arrivons aux limites du système étatiste actuel. L’Education nationale engloutit toujours plus d’argent pour des résultats totalement insuffisants. Pour faire court, il faut bien reconnaître que les organisations collectivistes n’ont pas fonctionné dans les anciens pays communistes, on ne voit pas pourquoi elles pourraient mieux fonctionner aujourd’hui en France...
C’est aux parents d’être responsable de l’éducation donnée à leurs enfants. Il faudra bien un jour que les parents reprennent cette liberté qui leur a été confisquée depuis trop longtemps par les hommes de l’Etat et les fonctionnaires.
J’apporte aujourd’hui ma contribution au débat en rédigeant ce compte-rendu car il est important que les réunions qui ont eu lieu laissent des traces.

Cela se passe samedi 13 décembre 2003 à Nogent sur Oise en Picardie à une cinquantaine de kilomètres au nord de Paris. Les enseignants de la circonscription ont été invités à participer mais nulle obligation ne leur a été faite. Ceux qui ont préféré rester dans leur école pour préparer Noël (sans leurs élèves) ont pu le faire. Réunion publique, quelques parents d’élèves non enseignants sont venus.

1ère partie : compte-rendu :

Une centaine de personnes (peut-être plus) sont là. Les règles du débat sont présentées par les membres de l’équipe d’animation : la durée est limitée à 3 heures, le débat est impartial, la prise de parole est limitée à 3 minutes et une synthèse sera rédigée par l’équipe d’animation (même que cette synthèse passera par-dessus la hiérarchie et sera envoyée directement à la Commission nationale). Les notes sont prises par l’inspectrice de circonscription qui en tant qu’organisatrice et partie prenante du système éducatif n’a pas le droit d’intervenir dans le débat.

L’équipe d’animation est constituée de quatre personnes dont une directrice d’école, un conseiller pédagogique et un parent d’élève représentant la FCPE, la plus importante association (très engagée à gauche) de parents d’élèves. Elle est de plus présidée par un retraité de l’Education nationale. Cette équipe sera rejointe un peu plus tard par le premier maire adjoint (classé divers droite) de la ville.

La Commission nationale du débat sur l’école a défini 22 sujets de débat répartis en 3 rubriques. L’équipe d’animation a dû choisir 3 sujets, 1 par rubrique. Voilà les sujets sur lesquels il faudra plancher ce matin :
- rubrique 1 : « Définir les missions de l’école », sujet 5 : « Quel socle commun de connaissances, de compétences et de règles de comportement, les élèves doivent-ils prioritairement maîtriser au terme de chaque étape de la scolarité obligatoire ? » ;
- rubrique 2 : « Faire réussir les élèves », sujet 12 : « Comment les parents et les partenaires extérieurs de l’Ecole peuvent-ils favoriser la réussite scolaire des élèves ? » ;
- rubrique 3 : « Améliorer le fonctionnement de l’école », sujet 21 : « Faut-il redéfinir les métiers de l’Ecole ? ».

Et c’est parti.
Le premier sujet est redéfini plus simplement par le président sous la forme de la question « Quelles sont les matières fondamentales ? » Un premier intervenant remarque qu’il y a beaucoup d’enseignants dans la salle et peu de parents non enseignants, probablement moins d’une dizaine. Intervention de l’inspectrice qui explique que les enseignants étaient invités et que la réunion est publique.
Suivent des interventions disant qu’il vaudrait mieux définir quelles sont les matières non fondamentales et rappelant qu’en Allemagne (!) le temps scolaire n’est pas organisé comme en France (pas d’école l’après-midi). Un père non enseignant intervient pour dire que l’école s’ouvre sur l’Europe, ce qui est très bien mais qu’il faudrait aussi « ouvrir plus loin ». Le même demande que l’école tienne compte des industries de demain pour former les jeunes et que l’anglais soit enseigné plus tôt.
Intervention véhémente d’un enseignant probablement d’extrême-gauche rappelant les mouvements « sociaux » de mai-juin dernier, dénonçant « l’école à la botte des patrons » et réclamant une « école égalitaire » pour « construire des citoyens qui veulent changer le monde » car dit-il « la faim dans le monde », le « Forum Social Européen », « la laïcité », etc.
D’autres interventions emboîtent le pas et expriment l’envie de parler des salaires, des retraites, du manque de moyens et posent la question « qui a choisi les sujets ? ». Le président réexplique que des règles ont été imposées et l’inspectrice intervient une deuxième fois pour les préciser.
Suite à cet échange, deux parents non enseignants partent (dont celui qui demandait que l’école tienne compte du marché du travail). Un autre parent intervient pour dire qu’il regrette d’être venu.

Retour au débat.
La place de l’école maternelle : d’abord, donner le goût de lire. Peut-être rendre l’école maternelle obligatoire dés la petite section ? L’inscription à l’école maternelle ne vaut-elle pas engagement des parents ? Plainte à propos des familles qui pratique l’absentéisme sans raison valable. Intervention du maire adjoint qui approuve les enseignants mais qui rappelle que les enfants sont très divers. Intervention de l’inspectrice pour rappeler que c’est l’instruction qui est obligatoire à partir de six ans et non la scolarisation.
Puis l’élémentaire : problème des enfants qui partent « au pays » avant les vacances ou qui reviennent après la rentrée. Cette intervention est qualifiée de hors-sujet par un membre de l’équipe d’animation.
Retour à l’école maternelle : quel en est le programme? <em>Quid</em> de la laïcité ? Réponse : apprendre à vivre en société. Les parents attendent de plus en plus de l’école, notamment sur le plan de l’éducation.
Autre question : pourquoi les classes maternelles ne peuvent-elles plus aller à la médiathèque de Nogent ? Réponse du maire adjoint qui explique que l’on fait ce qu’on peut et que les écoles et les BCD ont été richement dotées par la municipalité. Mais de toute façon, on va essayer de faire mieux. Par ailleurs, le maire-adjoint explique que les parents ne se précipitent pas pour les inscriptions scolaires, ce qui posent parfois des problèmes d’organisation aux services municipaux.
Recentrons le débat.
Il ne faut pas accepter l’absentéisme dans les classes. Le même gauchiste qu’au début : et la marchandisation de l’école publique ? Et que se passera-t-il quand l’école sera privatisée ? (rires dans la salle).
Intervention sur les cycles : les cycles, c’est bien mais à condition qu’il y ait des équipes pédagogiques donc de la concertation, donc des moyens supplémentaires. Comme il n’y a pas de moyens supplémentaires, il faut remettre en cause les cycles. Mais d’autres intervenants défendent les cycles au nom de « l’enfant au centre du système éducatif ». Mais il faut des moyens. Mais le temps...

Il est 10 heures 20, il est temps de passer au deuxième sujet : le partenariat enseignants-parents.
Le représentant de la FCPE remercie longuement les enseignants et dit que le respect doit être réciproque, veut la coéducation et dit qu’il faut avancer ensemble. Il rappelle que la FCPE soutient les revendications catégorielles des enseignants.
Une intervention pour expliquer qu’il faut recevoir les parents régulièrement mais que c’est du temps pris sur la vie privée des enseignants.
 Après avoir été sollicitée, une mère non enseignante explique qu’elle n’a rien à dire mais qu’elle est très contente des écoles où ses enfants sont allés.
Question : comment diffuser les « bonnes idées » ? Explication sur l’auto-organisation des écoles maternelles le samedi matin (où il y a nettement moins d’élèves qu’en semaine).
Problème du départ massif cette année des enseignants d’une école de Nogent  (école des Coteaux).
D’après certains chercheurs, les relations parents/école sont forcément conflictuelles. Pour éviter cela, il faut du temps (15 ou 20 ans), la stabilité des équipes, le respect...
Regret exprimé du faible nombre de parents non enseignants présents car ils représentent la « société civile ».
Et les parents ? Les enfants ont parfois faim, froid, ils ont parfois sommeil.
Problème des devoirs à la maison. On rappelle qu’ils sont toujours interdits.
Le maire adjoint intervient longuement pour expliquer ce que sont le « Contrat éducatif local » (CEL), selon lui un bon système à améliorer et le « Projet éducatif local » (PEL), la même chose au niveau de la communauté de communes, encore embryonnaire.
Mais quel est le rapport avec le débat ? Est-ce une publicité pour la municipalité ? Bien sûr que non, la preuve c’est que la communauté de communes creilloises est variée idéologiquement...
Intervention de quelqu’un qui réclame que tous les enseignants aient les mêmes conditions de travail car il y a  des disparités entre les communes.
Intervention du maire de Mélo, un petit village de 400 habitants qui scolarise 54 enfants. Il explique qu’il se bat pour conserver son école. Cette année, les enseignants ont changé et ça n’a pas été facile.
Intervention pour dénoncer le désengagement (?) de l’Etat. L’Education nationale devrait fournir les photocopieuses et les ordinateurs.
Le représentant de la FCPE intervient pour rappeler que son association organise des réunions d’information et de formation à destination des parents. Il demande que les enseignants en fassent de la publicité auprès des parents de leurs élèves.

Il est maintenant 11 heures 10, la troisième partie du débat peut commencer.
La directrice d’école membre de l’équipe d’animation fait brièvement la liste des métiers des non enseignants de l’Education nationale. Faut-il redéfinir tous ces métiers ?
Plaintes à propos de l’augmentation du travail administratif des enseignants (cahier-journal, fiches de préparation, etc.). Il y a trop d’écrits à rédiger. Malaise des enseignants qui passent des heures et des heures à faire des projets et les moyens qui ne suivent pas...
Demande que les enseignants soient formés au brevet de secourisme.
Rappel que « la main à la pâte » est basée sur le volontariat.
La fatigue de l’assistance commence à se faire sentir, il y a désormais quasiment en permanence un bruit de fond.
Quelqu’un fait remarquer qu’il y aura forcément des questions en dehors du débat prévu.
Nouveau : les auxiliaires de vie scolaire accompagnent les enfants en grande difficulté (notamment des enfants handicapés) mais « nous, on n’en a pas ». Problème pour les parents d’enfants dont on pointe les difficultés. Il y a de nombreuses « intégrations » (sous-entendu : « d’enfants handicapés ») « à la sauvette » sans aide pour les enseignants (pas de formation, etc.).
Retour à ce que doit faire un enseignant : beaucoup trop de choses. On nous en demande de plus en plus (« sans avoir été augmentés »). Dénonciation du prétendu (?) absentéisme des enseignants, du « double-bind ». Le débat tourne maintenant à la séance de défoulement.
Le rôle des enseignants doit être redéfini plus précisément. Encore le manque de moyens. Il faut revoir la formation des enseignants et leur faire confiance.
Cas de « défaut de soins » pour les parents d’enfants handicapés qui peuvent entraîner la déscolarisation des enfants.
Où est la médecine du travail pour les enseignants ?

Il est 11 heures 50, l’heure de la conclusion.
Le président affirme que la réunion a été très riche (sic). Il garantit que les résultats du débat seront transmis. Le compte-rendu ira directement à la commission nationale et sera disponible sur Internet.

2ème partie : quelques commentaires :

Pas facile de faire le compte-rendu d’une réunion où les choses sont un peu parties dans tous les sens. Quelques phénomènes fort intéressants peuvent être néanmoins relevés.

- Le fait le plus important s’est produit peu après le début de débat : deux pères non enseignants qui ont tenté de « jouer le jeu » de ce débat national ont quitté la réunion. Dans une société collectiviste comme la notre, il faut être bien naïf pour croire que les politiciens qui nous gouvernent tiendront compte de l’avis réel de la population. Les malheureux qui ont tenté de s’exprimer ont vite été mis au pas. A cette confiscation de la parole par les « hommes de l’Etat », il n’y a qu’une solution : retirer aux fonctionnaires et aux politiciens le pouvoir exorbitant de décider de l’avenir de nos enfants.

- Lié au premier point, l’omniprésence des enseignants. Non seulement, ils ont constitué au moins les neuf dixièmes des personnes présentes, mais en plus toute l’organisation est confiée à des enseignants (une directrice, un conseiller pédagogique, un retraité de l’Education nationale, un représentant de la FCPE - association symbiotique du monde enseignant - constituent l’équipe d’animation...).

- La demande récurrente, presque obsessionnelle de moyens supplémentaires. Il semble que les enseignants refusent de savoir que les dépenses de l’enseignement en France ont quasiment doublé en vingt-cinq ans (d’après les chiffres officiels, la dépense moyenne par élève tous niveaux confondus est passée de 3480 euros en 1975 à 6470 euros en 2002). Ils savent bien pourtant que l’Education nationale est le premier budget de l’Etat (le deuxième étant le paiement des intérêts de la dette...). Pour quel résultat ? La voilà, la question tabou.

- L’absence de retenue des « officiels » qui n’hésitent pas à faire sans vergogne leur publicité. Que ce soit le représentant de la FCPE ou le maire adjoint, ils n’hésitent pas un instant à utiliser à leur profit la tribune qui leur est offerte sans susciter la moindre réaction hostile.

- Et puis un grand absent dans ce débat : l’avenir de l’école qui était quand même le sujet principal. Très peu de réflexions ou d’idées pour ne pas dire aucune, sur l’avenir de l’éducation en France. En fait, les enseignants n’imaginent pas que les choses pourraient changer d’où les rires quand le gauchiste de service a dénoncé la future privatisation du service « public ». Ce qu’il faut faire d’après les enseignants pour résoudre les problèmes du système éducatif français ? La même chose qu’aujourd’hui mais en pire...

Sylvain

P.S. : Bien entendu, je ne prétends pas que tous les débats se sont passés, se passent ou se passeront exactement de la même façon, après tout 15 000 réunions publiques sont prévues. Peut-être qu'ailleurs, le représentant de la FCPE est remplacé par quelqu'un de la PEEP, en tout cas, je l'espère. Les thèmes de débat aussi seront différents. Ceci dit, vu l'omniprésence et le nombre des enseignants présents, le résultat sera sans doûte assez similaire...

Lien :

Site officiel du Débat national sur l'avenir de l'Ecole.

7 janvier 2004 : réponse de la commission nationale :

"Nous vous remercions de votre courriel et de vous être rendu dans une des réunions du débat national sur l'avenir de l'École. Votre témoignage très vivant sur la réunion à laquelle vous avez assisté nous permet de compléter les informations que nous avons sur la manière dont se sont déroulés les débats « sur le terrain ». Celles-ci font apparaître des situations très diverses que ce soit sur le plan de la participation ; de la représentativité des enseignants, parents et élèves ou sur le plan du déroulement de la réunion. Cette diversité est le reflet de l'hétérogénéité des situations locales. Pour ce qui est de la derniere partie de votre propos, le secrétariat de la Commission est bien désolé "que vous soyez resté un peu sur votre faim" quant au contenu du débat toutefois, il n'a pas pour fonction de se prononcer sur le fond des contributions, il a en revanche vocation à collecter les différents points de vue, opinions et propositions. Nous pouvons donc vous assurer que le contenu de votre envoi sera analysé et sera intégré au grand dossier du débat.

Le secrétariat de la Commission du débat national sur l'avenir de l'École"

 

L'essentiel est d'y croire...

 

P.S. du 30 juillet 2004 :


J'ai trouvé sur le site officiel du débat le compte-rendu officiel de cette réunion. A comparer...

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