09-11-04 Socialisation à tout prix : la pression monte

 

L’une des pires choses qui peut arriver à des enseignants est d’avoir un nouvel inspecteur ou plus souvent une nouvelle inspectrice qui fait du zèle parce qu’il ou elle n’a pas l’intention de rester inspecteur/trice toute sa vie. Vous voyez débarquer, mettons une nouvelle inspectrice, ancienne institutrice, ancienne chargée de mission à l’Inspection académique qui manifestement n’en restera pas là.
A travers les réunions et les notes de service et assez rapidement après la rentrée de septembre, on voit s’étaler franchement l’idéologie véhiculée par l’Education nationale et ses personnels d’encadrement.
L’une des directions privilégiées aujourd’hui est la socialisation précoce et forcée des enfants.

On sait déjà combien la pression est forte pour scolariser les enfants de deux ans. Il s’est trouvé une rencontre entre le désir de certaines familles (les enfants à l’école coûtent moins chers que les enfants chez une nourrice), celui de certains syndicats du premier degré (car les effectifs baissent d’année en année dans cette tranche d’âge d’où la baisse du nombre d’enseignants, d’où l’affaiblissement de certaines structures syndicales) et l’idéologie plus ou moins diffuse de l’Etat français (qui a tendance à considérer que la famille, c’est mauvais) pour développer ces classes monstrueuses que sont les TPS ou « Très Petites Sections ». Il faut vraiment ne rien connaître aux enfants pour penser qu’un enfant peut être heureux en collectivité à deux ans, séparé de ses parents.

Cette volonté de socialisation à tout prix des enfants s’exprime aussi à travers d’autres biais comme la scolarisation des enfants handicapés. Cette scolarisation se fait souvent en dépit du bon sens sans forcément que les enseignants confrontés à ce problème soient aidés et sans tenir aucun compte des effets négatifs que les enfants non handicapés peuvent ressentir.
Traditionnellement, les enfants ne pouvaient être accueillis à l’école que du jour où ils étaient propres. Cette scolarisation des enfants handicapés a permis de contourner cette habitude puisqu’on a vu des enseignants changer les couches de leur élève handicapé. Désormais et c’est officiel, il n’y a plus besoin d’être propre pour aller à l’école maternelle.

D’autres mesures prisent récemment en maternelle par cette nouvelle inspectrice zélée montrent que tout est bon à prendre du moment que la scolarisation des enfants augmente.
Le plus anodin pour commencer : l’extension des horaires de fin de classe de 11 heures 20 à 11 heures 30 le matin et de 16 heures 20 à 16 heures 30 le soir. Pas grave peut-être mais mesure prise sans aucune concertation avec les parents, ni avec les enseignants. Je connais plus d’une famille qui a des enfants à la fois en maternelle et en élémentaire et qui aura des difficultés à récupérer des enfants qui sortent en même temps de deux écoles différentes.

Second élément : les enseignants doivent désormais pousser les familles à scolariser les petits (donc âgés de trois ans) l’après-midi pour faire la sieste à l’école et non à la maison. Quel intérêt pour les enfants ? Aucun mais les choses se précisent.

Troisième élément : les enfants sont censés venir à l’école tous les jours, y compris le samedi matin. Dans le principe, pourquoi pas, sauf que certains enfants mangent à la cantine tous les jours de la semaine car leurs deux parents travaillent. Si ces parents là peuvent passer les deux jours du week-end avec leurs enfants, je me vois mal les dénoncer à l’inspectrice...

Voilà, j’ai bien conscience que chaque élément pris individuellement peut sembler anodin voire positif. Mais toutes ces petites décisions mises bout à bout indiquent la direction dans laquelle s’engage l’Education nationale. En attendant la scolarisation obligatoire dès cinq ans qui est dans le programme de plusieurs partis politiques, seules les contraintes bugétaires et l'augmentation du nombre d'élèves dans certains quartiers contrecarrent pour le moment cette fuite en avant.

 

Sylvain

 

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