19-11-03 : Deux remarques sur l'école
1 : A quoi sert le projet d’école ?
Depuis quelques années les enseignants des écoles primaires et maternelles doivent plancher tous les trois ans sur le « projet d’école » de leur établissement. Le but officiel est de tenir compte de
la population scolaire qui fréquente l’école et d’y adapter la pédagogie des enseignants. Une fois rédigé, le « PE » est validée par l’IDEN (inspecteur ou inspectrice de la circonscription) et
officiellement adopté par le Conseil d’école (dans lequel les parents d’élèves sont représentés).
En général, le PE est perçu comme une corvée inévitable car obligatoire et parce qu’il conditionne certaines aides financières accordée (ou pas) à l’école. Les enseignants sont obligés ensuite de
participer au PE y compris les nouveaux arrivants dans l’école.
A première vue, on pourrait penser que tenir compte de la population scolaire et y adapter le travail des enseignants relève du bon sens...
En fait, sur le terrain, l’engagement des enseignants dans le PE est très variable et est surtout basé sur le volontariat. Par ailleurs, on a vu fleurir ces dernières années, des PE dont la
thématique dominante était « le langage » (aussi bien en maternelle qu’en élémentaire) ou les « arts plastiques » (surtout en maternelle). Autrement dit, les thèmes développés relèvent surtout du
travail normal d’une classe maternelle ou primaire... Seuls peut-être les projets articulés autour de « la main à la pâte » apportent quelque chose de nouveau.
A part ces derniers cas donc, à quoi sert le projet d’école ?
Il me semble que l’on peut faire deux constatations. Tout d’abord, l’école publique fonctionne mal, c’est à dire que les résultats obtenus sont très insuffisants pour les sommes qui y sont investies
et cela commence à se savoir. La réaction de l’Education nationale est donc de tenter de faire croire qu’on remédie à la situation. D’où les consultations nationales à répétition, les
évaluations en CE2, en 6ème et depuis peu en Grande Section de maternelle et au C.P., le passage à 26 heures d’enseignement devant les enfants, la 27ème heure étant libérée pour les concertations et
autres formations pédagogiques, etc.
Ensuite, n’oublions pas que nous sommes dans un univers de plus en plus bureaucratique. Le projet d’école est donc à mon avis une tentative bureaucratique pour encadrer et à terme pour contrôler au
plus près le travail quotidien des enseignants. L’autonomie pédagogique des maîtres qui est tout de même un des principes essentiels de l’école publique française est donc remise en cause et sa
disparition est programmée.
L’Etat français aime tellement ses fonctionnaires qu’il tente de limiter au maximum leur marge de manoeuvre, il a tellement confiance en eux qu’il veut limiter au maximum leur autonomie...
2 : Choses vues.
Nous sommes dans une école maternelle. La compagnie
« Coconut » présente son nouveau spectacle "Orchidée ou les secrets et mystères de la forêt de Thulé". Enfin « compagnie » est un bien grand mot puisque le spectacle est assuré en tout et pour tout
par... une personne. Cette jeune femme monte les décors, incarne le personnage principal de l’histoire et anime les marionnettes. Heureusement un magnétophone lui donne parfois la
réplique.
C’est l’histoire d’une princesse qui par jeu persécute les animaux, jette ses papiers de bonbons par terre, abîme les arbres et veut finalement mettre le feu à la forêt... Un peu par hasard, elle
sauve un petit dragon de la noyade. Ce petit dragon est le fils du roi des dragons et il emmène la princesse chez son père. Pour remercier la princesse d’avoir sauvé son fils, le roi des dragons lui
donne le don de parler avec les animaux. Vous devinez la suite ? La petite princesse va réaliser combien les arbres et les animaux sont gentils et qu’il ne faut pas leur faire de mal... Elle
deviendra même reine de la forêt.
Ah ça, les décors sont beaux. Les marionnettes sont aussi très réussies, tellement nombreuses d’ailleurs que les enfants perdent le fil de l’histoire...
Des trucs à la mode aussi comme de faire répéter aux enfants un mot qui ne veut rien dire mais qui est censé être une formule magique... Mary Poppins en son temps avait inventé le procédé avec le
talent en plus.
On répète bien aux enfants qu’il ne faut pas jeter les papiers par terre dans la forêt. Et on leur apprend une super chanson : le Temps des cerises ! Oui, oui, le message
écologique militant se marie très bien à une chanson dont le sens est très clair pour tous les enseignants.
Oseront-ils un jour faire chanter l’Internationale à nos enfants ?
Sylvain
P.S. : je viens de feuilleter le livre du spectacle qui est vendu avec et curieusement l'épisode du " temps des cerises" n'est pas mentionné, autrement dit les parents d'élèves qui
auront par hasard le livre entre les mains ignoreront la présence de ce chant révolutionnaire dans le spectacle infligé à leurs enfants...
Tu peux courir !


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