26-01-10 Intégration à tous prix des enfants handicapés et disfonctionnements au quotidien
Après l’exclusion systématique des enfants handicapés de l’école pendant des décennies, la tendance actuelle est nettement en faveur de l’intégration le plus longtemps possible de ces enfants. On
pourrait dire que l’on est passé d’une extrême à l’autre car le politiquement correct et certains lobbies étant passés par là, rien ne semble justifier aujourd’hui le refus d’accepter dans les
écoles des enfants handicapés.
En effet, c’est désormais l’institution scolaire qui doit prouver que certains enfants n’ont pas leur place à l’école. Car il y a handicap et handicap. Si certains enfants peuvent très bien être
accueillis dans des classes « normales » à condition que quelques aménagements soient consentis, d’autres n’ont rien à attendre de l’école tellement ils en sont éloignés.
Le bon sens voudrait que quand l’intégration est possible, elle ne soit pas faite n’importe comment et qu’un certain nombre de précautions soient prises. Par exemple, on pourrait s’assurer que
les enseignants sont bien au courant du problème et savent comment agir et réagir ; ou que la présence d’un enfant handicapé ne perturbera pas trop la classe afin que les autres enfants n’en
pâtissent pas…
Concrètement, l’Education nationale étant d’abord une énorme bureaucratie, ce bon sens est aux abonnés absents et les disfonctionnements sont nombreux. Quelques exemples suivent.
1 : les enfants reconnus officiellement handicapés peuvent bénéficier de la présence en classe à leurs côtés d’un ou d’une AVS. Cet « Auxiliaire de Vie Scolaire » ne fait que ça et peut
être d’une grande aide pour l’enseignant de la classe concernée. Sauf que les contrats des AVS sont à durée déterminée et se calquent sur l’année civile et non sur l’année scolaire. Or ce
mois-ci, en janvier 2010 donc, pour des raisons inexpliquées l’administration de mon département était en retard et ces contrats n’ont été renouvelés que plus de trois semaines après la rentrée.
Pendant ces trois semaines et demie, les AVS n’étaient donc pas dans les classes…
2 : durant cette période, je connais le cas d’un enfant tellement difficile et même dangereux pour lui-même et pour les autres qu’un instituteur remplaçant (un « ZIL ») a été nommé
provisoirement sur le poste de son AVS.
Et après, les syndicats nous expliqueront que l’Education nationale manque de remplaçants…
3 : les cas les plus lourds et les plus pénibles sont sans doute ces enfants handicapés qui arrivent à l’école (en petite section de maternelle donc) sans que rien n’ait été signalé ni fait. Pour
peu que les parents n’acceptent pas de reconnaître les problèmes de leur enfant (ce que bien sûr, on peut comprendre), la classe peut devenir ingérable. Je connais le cas d’un de ces enfants qui
souffre manifestement d’un retard mental important et qui ne pourra pas rester dans le circuit scolaire normal. Avec la mauvaise volonté des parents, les lenteurs de l’administration et peut-être
la pusillanimité de certains collègues, le mois de janvier se termine et rien n’a été fait jusqu'à présent ni pour lui ni pour la classe. Cet enfant ne fait aucun travail scolaire, comprend à
peine quand on l’appelle par son prénom et tente constamment de se sauver de l’école. Il faut sans arrêt le surveiller et le tenir par la main pour contrôler ce qu’il fait et où il est.
Naturellement, les journées sont longues pour lui car, cerise sur le gâteau, il mange tous les jours à la cantine. Une dame de cantine ne s’occupe que de lui car sinon, il va manger dans les
assiettes des autres enfants…
4 : tout cela n’empêche naturellement pas l’administration de dormir sur ses deux oreilles. Lors d’une inspection récente, une collègue a eut la surprise de voir que les difficultés dues à la
présence d’un enfant handicapé dans sa classe (enfant « maintenu » en moyenne section, c’est-à-dire redoublant sa deuxième année de maternelle) - s’ajoutant à celles dues à la présence
de plusieurs enfants présentant des troubles de comportement - n’apparaissaient pas du tout dans le rapport de l’inspecteur…
En revanche, le fait que l’emploi du temps de la classe soit mis dans un sous-main posé sur le bureau au lieu d’être accroché au mur a été dûment remarqué et noté.
L’administration a décidément ses propres priorités.
Bref, rien de nouveau sous le soleil, qui dit bureaucratie dit disfonctionnements et difficultés pour les gens travaillant sur le terrain. Les enseignants et leurs syndicats ont aussi cependant
leur part de responsabilité. Il faut refuser de se laisser infantiliser et ne pas non plus faire n’importe quoi ni accepter n’importe quoi avec ces enfants handicapés.
Sylvain
Tu peux courir !


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