28-11-03 Parenthèse : France 2003 : où en est la lutte des classes ?
Pour les libertariens, dans toute société actuelle ou passée, il existe deux classes sociales antagonistes : d’une part les travailleurs, les inventeurs, les entrepreneurs qui sont les véritables
créateurs de la richesse d’une société ; d’autre part les hommes de l’Etat et leurs serviteurs qui vivent en parasites aux dépends des premiers.
Il n’existe que deux modes d’échanges possibles : l’échange libre entre deux individus responsables qui échangent leur production pour leur bénéfice mutuel et l’échange contraint dans lequel l’une
des parties utilise la violence pour s’approprier illégitimement la richesse produite par l’autre. Ce deuxième type d’échange se rencontre dans l’esclavage et sans doute dans le féodalisme mais aussi
dans les prélèvements forcés auxquels se livrent joyeusement les Etats modernes.
Certaines sociétés ont même tenté de fonctionner avec un taux de prélèvements forcés au bénéfice de l’Etat le plus proche possible de 100%. C’était le cas de l’Egypte antique ou de la Chine impériale
mais aussi plus récemment des pays soviétiques. Le résultat est évidemment au mieux une incroyable stagnation sociale et économique, au pire une oppression sans limites.
Dans nos Etats collectivistes modernes, l’emprise des hommes de l’Etat ne cesse de croître et la grande habilité de ces gens là est de réussir à faire croire que les intérêts des entrepreneurs et des
travailleurs sont contradictoires. L’Etat est alors érigé en arbitre responsable du mythique « intérêt général » et l’un des effets pervers de cette construction instable est que l’Etat devient un
enjeu entre les différents groupes sociaux qui cherchent à le contrôler à leur propre profit.
A l’origine de ce processus, on trouve l’idéologie marxiste qui a servi de fondement à cette tromperie. Encore aujourd’hui les différentes versions de l’idéologie socialiste sont les idées politiques
préférées des hommes de l’Etat et de leurs serviteurs car elle justifie leur existence, leur pouvoir et leur emprise sur la société.
Que s’est-il passé récemment en France ?
Tout occupée à construire son nouvel Etat pan-européen, la nomenklatura française a finit par se rendre compte du danger qu’il y avait à asphyxier trop gravement les entreprises et les entrepreneurs
et que tuer la poule aux oeufs d’or pouvait être dangereux. Cela explique les quelques embryons de réformes « libérales » que nous avons connu depuis 30 ans.
L’une des caractéristiques essentielles d’un Etat moderne est la politique de redistribution à l’égard des groupes sociaux les mieux organisés ou les plus violents. Et ces groupes sociaux n’entendent
pas que les subventions dont ils profitent diminuent d’où un va-et-vient constant entre libéralisation relative et progression de la redistribution. On abolira le contrôle des prix mais les lois
régissant le marché du travail seront toujours plus rigides et contraignantes ; on privatisera quelques entreprises mais le nombre de fonctionnaires ne cessera d’augmenter ; on supprimera le contrôle
des changes mais on inventera l’ISF et les impôts seront modifiés d’année en année afin que personne ne puisse s’y adapter et y échapper ; on prétendra vouloir supprimer les barrières douanières mais
les subventions aux agriculteurs ne baisseront pas...
Le mouvement social du printemps 2003 peut donc s’interpréter comme un conflit entre deux fractions de la classe étatique. D’un côté, les hauts dirigeants actuels plutôt conservateurs de l’Etat qui
savent bien que le système des retraites actuel va tout droit à la faillite et qu’il faut réformer le système si on veut le sauver, (mais attention, une réforme qui surtout n’introduit aucune liberté
nouvelle pour les citoyens de base ! ) ; de l’autre des groupes sociaux bien organisés qui profitent depuis des décennies de la redistribution à leur profit du produit du vol et de la spoliation
organisés par l’Etat et qui ne comprennent pas pourquoi les choses devraient changer d’où la proposition par certains de collectiviser encore un peu plus les retraites.
On peut ainsi me semble-t-il expliquer le peu d’empressement mis par les élus de droite à soutenir et même à participer aux manifestations dénonçant les grèves et soutenant la réforme. Les hommes de
l’Etat admettent et même apprécient que les fonctionnaires, leurs alliés et leurs plus fidèles soutiens manifestent et occupent la rue, entre technocrates et fonctionnaires, on peut toujours
s’entendre ; en revanche que des gens inorganisés, travaillant dans des entreprises privées et qui sont normalement voués à se taire et à servir d’otages dans des luttes d’influence qui les dépassent
se mettent eux aussi à manifester, voilà qui est très embarrassant...
Et pourtant, ce sont ces gens-là qui représentent le meilleur de notre civilisation, ce sont eux qui font vivre tous les autres et qui seront à l’origine des progrès futurs.
Réussirons-nous un jour à sortir du piège mortel qui nous enserre aujourd’hui ?
Oui mais ce ne sera pas facile. La nomenklatura européenne n’abandonnera pas aisément ni volontairement son pouvoir. Des crises sont à prévoir avant que nous ne parvenions à établir une société libre
basée sur le Droit Naturel.
Cette société capitaliste libre sera basée sur des contrats librement négociés dans l’intérêt de toutes les parties.
Sylvain
Références :
- Dans "La lutte des classes n'est pas finie", Christian Michel nous conseille de (re-)lire Marx et Engels ;
- « Des lions menés par des ânes: essai sur le crash économique (à venir mais très évitable) de l’Euroland en général et de la France en particulier » par Charles Gave (éd. Laffont, 2003) ;
- « L’éthique de la liberté » par Murray Rothbard (Les Belles Lettres, 1991) ;
- « Vers une société sans Etat » par David Friedman (Les Belles Lettres, 1992) ;
- « Révolte sur la Lune » par Robert Heinlein (OPTA CLA, Livre de Poche, Presses Pocket).



