Dinesh D’Souza : "L’éducation contre les libertés"


sous-titre : « Politiques de la race et du sexe sur les campus américains ».
Editions Le Messager/Gallimard (1992).
Edition originale : « Illiberal education » (1991).
Traduction : Philippe Delamare.

Dinesh D’Souza est d’origine indienne (de l’Inde !). Il est arrivé aux Etats-Unis au début des années 80 pour y faire des études supérieures. Ce livre est le résultat d’une enquête minutieuse sur un phénomène à l’époque typiquement nord-américain (car le Canada a également été fortement touché) : le « politiquement correct », souvent abrégé en « P.C. » (sic).

Il s’agit d’un mouvement politique visant à donner leur « juste place » à des groupes considérés comme « opprimés » par la majorité blanche, mâle et supposée conservatrice.
Seront ainsi « discriminés positivement » les Noirs, les latino-américains, les Amérindiens, les homosexuels et, bien sûr, les femmes.

Le P.C. se traduira de deux façons :

1 : le recrutement d’étudiants des groupes « opprimés » de préférence à leurs homologues blancs, même si leur niveau scolaire est inférieur. Le but est que la répartition ethnique des étudiants reflète la composition ethnique de la population, quitte à abandonner en cours de route la notion de mérite. Ainsi des étudiants d’origine asiatiques (qui obtiennent des résultats supérieurs à ceux des autres groupes) seront sciemment refusés à l’entrée des universités.
Les conséquences sont assez dramatiques : d’une part, lorsqu’on rencontre un étudiant noir, on ne sait s’il est là grâce à ses mérites ou s’il a été recruté grâce au P.C., d’où une ambiance disons... « particulière » (*) ; d’autre part, le taux d’échec et d’abandon des étudiants noirs et latino-américains est très élevé car si c’est bien d’être admis dans une université prestigieuse,  ce serait encore mieux d’arriver à en suivre les cours !

2 : La parade à cet échec massif de certaines catégories d’étudiants est une des sources du deuxième aspect de la politique P.C. : si les cours sont trop difficiles, c’est qu’il faut changer  le contenu des dits cours ! Et on a vu ainsi fleurir les études féministes, homosexuelles, noires-américaines, etc. Le pompon est détenu, à mon avis, par ces « chercheurs » racistes qui prétendent que les Noirs d’Afrique sont à l’origine de toute la civilisation car selon eux, les Egyptiens de l’Antiquité étaient noirs...
On exclura également de l’enseignement des auteurs trop blancs et trop occidentaux comme Platon, Aristote, Dante, Melville au profit d’ «  auteurs » comme Rigoberta Menchu (dont la biographie très « tiers-mondiste » est l’oeuvre d’un faussaire) ou Alice Walker, auteur de « La couleur pourpre » dont les qualités littéraires sont pour le moins discutées.

Il faut ajouter à tout cela un climat de délation à l’égard de toute critique de ce système (il y aura ainsi des séances d’autocritique obligatoire) et une hypersensibilité au supposé racisme. On verra même les auteurs de faux actes racistes félicités publiquement pour avoir aidé la communauté à se sensibiliser au « problème ».
On imagine avec quel enthousiasme les militants marxistes et gauchistes présents sur les campus américains se sont associés à ce mouvement P.C.

Un autre aspect qu’il ne faut pas sous-estimer est qu’il s’agit aussi d’un phénomène bureaucratique. Les membres de l’administration universitaire, face aux critiques provenant des groupes « ethnistes » ou radicaux ont fortement participé à l’élaboration de la réponse politique P.C. tout en niant parfois son existence. Des présidents d’universités ont ainsi démenti toute discrimination «  positive » à l’entrée de leur établissement alors qu’ils appliquaient bel et bien cette discrimination.

Et aujourd’hui ? D’après Guy Millière, le mouvement P.C. a perdu la partie et ne survit que dans certains secteurs littéraires. La contre-attaque a été efficace notamment grâce à Dinesh D’Souza.

En conclusion,  un ouvrage fort intéressant à l'heure où la discrimination positive commence à faire des ravages en France.

Sylvain

(*) Toutes les données disponibles montrent que les jeunes Blancs américains sont très peu ou pas racistes. Mais la politique P.C. fait renaître des attitudes proches du racisme car elle est à l’origine d’un fort sentiment d’injustice chez les jeunes Blancs et elle enferme les jeunes Noirs dans leur échec et leur ressentiment.

Références complémentaires :

- Roger Lewin : "Universités américaines : la "chasse aux sorcières" in "La Recherche" n°242 (avril 1992), pages 468 à 470 ;
- Jean-François Revel : « Universités américaines : le politiquement correct » in « Fin du siècle des ombres - Chroniques politiques et littéraires » éd. Fayard (1999) page 443 ;
- Guy Millière : « L’Amérique monde » éd. François-Xavier de Guibert (sans date mais édité sans doute en 2002), ch. 4 « Les entreprises du savoir » page 65 et suivantes.

Lien :

"PC et discrimination "positive"" par Philippe Gouillou.

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