Luc Ferry : "Lettre ouverte à tous ceux qui aiment l'école"


sous-titre : « Pour expliquer les réformes en cours »,
Suivi de « Où voulons-nous aller ? » de Xavier Darcos et de « Demain, la science » de Claudie Haigneré.
Ed. Odile Jacob (2003)
Diffusé gratuitement « auprès du système éducatif » (4ème de couverture dixit).

Voici donc un livre qui a fait parler de lui dans les écoles. Le ministre de l’Education nationale de l'époque a écrit, entre autres, aux enseignants afin de les convaincre du bien fondé des réformes qu’il a commencé à mettre en oeuvre.
Nouveau ministre certes mais pas inconnu. Luc Ferry, philosophe de formation est devenu célèbre grâce à un essai « La pensée 68 » très critique sur l’idéologie issue des événements de mai « 68 » justement. Ces dernières années, il présidait la Commission nationale des programmes (CNP) et a donc travaillé avec Jack Lang alors ministre. L’année dernière, il a soutenu François Bayrou au moment des élections présidentielles.
Son dernier succès de librairie est encore tout récent ("Qu'est-ce qu'une vie réussie?" paru en 2002).

Luc Ferry :
Deux étapes dans le raisonnement : d’abord formuler un diagnostic et cerner les causes du problème ; ensuite, prescrire des remèdes (« dix réformes »), eux-mêmes répartis en deux groupes : « lutter contre la fracture scolaire » et « améliorer la qualité des services rendus ».
Je suivrai cet ordre d’exposition.

Donc l’école est malade : l’illettrisme s’aggrave depuis dix ans, 158 000 jeunes ont quitté l’année dernière le système scolaire sans diplôme ou sans qualification, 81 000 « incidents graves » (sic, cette expression est réellement utilisées page 34) ont été commis dans des établissements scolaires - chiffre sous-estimé nous dit le ministre - et les résultats au bac stagnent.

Quelles sont les causes de ces problèmes ? « Une poussée individualiste qui met l’école en difficulté ». Mais que veut dire Luc Ferry ?
Jusqu’aux années 60, l’école transmettait des valeurs collectives tandis que le travail et l’effort étaient récompensés.
Avec la contestation des années 60, une autre conception est apparue. L’enfant est désormais au centre du dispositif éducatif et il doit s’y épanouir. L’esprit critique est favorisé aux dépens du respect des autorités, la tradition est systématiquement dévalorisée au profit de l’innovation à tout prix et de la spontanéité. Pire encore, tout se vaut.
Cerise sur le gâteau, si j’ose dire, voici maintenant que nous sommes également menacés par les « dérives communautaristes ». Mais attention, terrain miné, nous ne saurons pas quelles sont (est ?) ces (cette ?) communautés (-é ?) qui nous menacent (-e ?) ! Il semble que l’activisme des lycéens bouddhistes pose des problèmes dans certains quartiers. Non ? Je n’ai pas compris ? Je recommence. L’absentéisme systématique des élèves témoins de Jéhovah le samedi matin menace notre belle école républicaine. Non, on me dit que ce n’est pas encore ça. Mais qui donc alors ?...
Sérieusement maintenant, Luc Ferry se garde bien d’appeler un chat un chat et nous ne saurons donc pas ce qu’il pense du port du voile musulman à l’école ou de la suppression du porc dans certaines cantines scolaires. Dommage.

Revenons à ce climat déliquescent « post-soixante-huitard » : comment réagir ? En rétablissant l’autorité et les sanctions, en réaffirmant la laïcité et en luttant contre le racisme et l’anti-sémitisme.

Quoi qu’il se défende d’idéaliser le passé, Luc Ferry propose un retour à certaines normes et à certains comportements du passé. Son projet est clairement conservateur voire réactionnaire (1).

Réforme n°1 : lutter contre l’illettrisme
Après avoir exonéré la « méthode globale » de toute responsabilité, il faut, nous dit le ministre, recentrer l’enseignement sur la lecture et sur l’écriture.
Nouveaux programmes, documents divers mis à disposition des enseignants, site Internet, expérimentations dans des C.P. à dix élèves, les mesures proposées sont très diverses.

Réforme n°2 : revaloriser les formations professionnelles
Serpent de mer des réformes concernant le collège, revoici sous un autre nom la revalorisation des métiers manuels. Mais attention, le collège s’il reste « unique » deviendra « collège pour tous ». Tous n’auront pas le même enseignement, mais tous suivront leurs cours dans le même bâtiment (on a les ambitions qu’on peut).

Réforme n°3 : lutter contre l’échec au niveau du DEUG
Il semble que beaucoup d’étudiants arrivant à l’université n’aient pas le niveau requis pour suivre les cours... On va donc mettre en place des cours de culture générale afin de tenter de remédier à cette situation. Parallèlement, comme « la Nation doit soutenir et encourager les jeunes qui veulent réussir leurs études universitaires », des aides financières diverses aux étudiants vont se multiplier.

(Cela me fait penser à un sondage réalisé en 2003 (2) où on avait interrogé les Français sur le financement des études universitaires. Sans entrer dans les détails, l’immense majorité des sondés était contre l’augmentation des droits payés par les étudiants et était pour l’instauration d’un « salaire étudiant ». Soit. Là où ça devient intéressant, c’est que la majorité des mêmes sondés refusait toute augmentation des impôts pour financer ces mesures ! Des études universitaires quasiment gratuites, un salaire étudiant, certes modeste, pas d’impôts à payer en plus, le rêve ! Apparemment, la majorité des Français pense que ce qui est gratuit n’est payé par personne ! Consternant !)

Réforme n°4 : lutter contre la violence
Quelques actes graves mais beaucoup d’« incivilités »...
(Je ne sais pas ce que vous en pensez mais je déteste ce mot issu de la novlangue politiquement correcte.)
Donc au programme : sanctions (lesquelles ? mystère...), mise à l’écart des élèves les plus violents dans des classes-relais mais aussi lutte contre l’illettrisme et contre l’échec scolaire (voir supra). Pour Luc Ferry, la diversification des parcours  permettra d’« endiguer l’hostilité envers l’institution » (page 92).
Le ministre met en cause dans cette monté de la violence la « décomposition du lien familial » et la « constitution de ghettos sociaux » (page 89). Intéressant. Reprenons.
La famille se porte mal, c’est vrai, et la pensée « 68 » y est sans doute pour beaucoup. Mais l’Etat n’aurait-il pas sa part de responsabilité ? Quand on favorise à tout prix la socialisation précoce des enfants (crèches dés trois mois, TPS -toute petite section en maternelle-, centres de loisirs et cantines scolaires quasiment gratuits, etc.), on sape une des bases de la famille qui est quand-même que les parents sont censés s’occuper eux-mêmes de leurs enfants.
Quant aux ghettos sociaux, il s’agit d’un nouveau concept politiquement correct. Tout comme Luc Ferry ne peut écrire les mots « islam » ou « musulman », il ne peut non plus se résoudre à parler des « Arabes » ou des « Kabyles » comme si ces deux mots étaient devenus des gros mots !
Les ghettos (les cités ?) sont donc habités par des pauvres, et comme on sait, les pauvres sont violents...
Tout ça n’est pas très sérieux. Il vaudrait mieux regarder les problèmes en face. Il y aurait beaucoup à dire par exemple de la politique du logement dit « social » qui partant d’intentions peut-être généreuses  a des conséquences concrètes catastrophiques (3).

Réforme n°5 : intégrer les enfants handicapés
Pourquoi pas, évidemment, à condition que ce ne soit pas fait à n’importe quel prix et dans n’importe quelles conditions. (Je suis très sceptique par exemple sur la possibilité, et même l’intérêt pour eux d’intégrer les enfants autistes.)

Réforme n°6 : mobiliser et « engager » les jeunes
Luc Ferry découpe l’existence en trois sphères distinctes : entre la « sphère privée » qui ne regarde que les jeunes et leur famille et la « sphère publique » de la vie scolaire et universitaire, il intercale une « sphère de la société civile » qui pourrait être un lieu d’engagement et de mobilisation pour les jeunes. En mars 2003, le « Guide de l’engagement » a donc été publié, le « site de l’engagement » a été créé et une « journée de l’engagement » a été organisée dans les établissements scolaires. Ouf !
Le seul budget de lancement de l’opération a été de 6 millions d’euros et environ 6 000 associations ont participé à cette opération. Parmi celles-ci : le mouvement des jeunes communistes, l’UNEF-ID, Actup!, Droit au logement, Attac, etc. Peut-on encore parler de neutralité de l’école ? La défense de la laïcité est-elle encore crédible quand les représentants d’associations politiques extrémistes sont invités à venir endoctriner des adolescents sur fonds publics, c’est-à-dire avec l’argent des contribuables ? Les parents de ces adolescents sont-ils d’accord avec ce bourrage de crâne qu’on a fait subir à leurs enfants ? Et d’abord, leur a-t-on demandé leur avis ?

Il faut toujours s’inquiéter lorsque les hommes de l’Etat veulent nous mobiliser.

Réforme n°7 : améliorer la formation des enseignants
J’attends avec une certaine impatience le ministre qui proposera l’inverse. (Tout comme j’aimerais bien connaître ceux « qui n’aiment pas l’école » à qui ce livre ne s’adresse pas...)

Réforme n°8 : renforcer l’autonomie des universités tout en conservant le principe de diplômes nationaux garantis par l’Etat. Contradictoire peut-être ?

Réforme n°9 : augmenter le nombre d’étudiants dans les filières scientifiques
Idée très intéressante. Les études scientifiques sont apparemment de plus en plus délaissées. Ce phénomène n’est pas propre à la France mais se retrouve dans l’ensemble des pays occidentaux. Luc Ferry nous explique que de nos jours, la science et la technologie font peur et qu’il faut réagir et expliquer combien la science est une chose merveilleuse. Là, je suis entièrement d’accord avec lui. Mais il serait plus crédible s’il ne laissait pas entrer dans les établissements scolaires des organisations comme Attac (voir supra) dont le projet politique clairement totalitaire sait très bien s’allier à l’obscurantisme scientifique porté par les héros d’une certaine gauche (tel José Bové) ou les délires des Verts concernant l’effet de serre, le prétendu commerce « équitable » ou  la nouvelle imposture intellectuelle à la mode : le développement « durable » !
I l pourrait aussi s’intéresser par exemple à l’enseignement de l’économie qui en France est partagé entre le marxisme (quoique de moins en moins) et le « keynésianisme ». Ce n’est pas le lieu de faire ici un cours d’économie mais il faut savoir que l’ignorance massive des faits économiques élémentaires en France est un véritable problème de société. Cet illettrisme-là explique bien des dérives autoritaires et bien des réactions politiques en apparence irrationnelles. (4)

Réforme n°10 : décentraliser et mettre en place des « chartes de qualité »
J’avoue ne pas avoir vraiment d’opinion en ce qui concerne la décentralisation. Que la structure bureaucratique soit nationale ou régionale, je ne vois pas bien où sera la différence.
Le concept de charte de qualité me paraît peut-être plus intéressant. Il me fait penser à la Poste : les délais de livraison des paquets qu’on lui confiait étaient devenus tellement longs et incertains que la Poste a dû inventer un nouveau produit, Chronopost, qui garantissait un délai de livraison raisonnable... Il y a eu un phénomène similaire dans la justice : comme les peines de prison ne sont jamais effectuées en totalité, on a inventé les peines dites « incompressibles »...
 A une toute autre échelle, dans l’ancienne URSS, les industries vitales pour l’armement étaient soustraites à la loi commune de la production trop génératrice de gaspillages et d’incompétences. Ces industries fonctionnaient sur un mode dérogatoire certainement pas « socialiste »...
Nous sommes entrés dans le règne du bricolage.

Xavier Darcos :
Après le texte signé Luc Ferry, Xavier Darcos monte au créneau pour nous parler de « notre passion commune ». M. Darcos est cultivé, il nous parle des « héritiers » (page 137). Cette référence à Pierre Bourdieu, idéologue gauchiste révolutionnaire est-elle bien raisonnable ?
M. Darcos voue un véritable culte à la « puissance publique » (page 138). Nous apprenons que c’est grâce à la « volonté politique » que le taux de bacheliers d’une classe d’âge est passé de 5% en 1950 à plus de 60% aujourd’hui. Par ailleurs, c’est au peuple que doit revenir le dernier mot en ce qui concerne le devenir de toutes ces réformes. Un grand débat a donc organisé dans toute la France en 2003 et en 2004 (7). Mais comment le peuple décidera-il dans ces conditions ?
Un certain mépris perce d’ailleurs dans les propos de Xavier Darcos : « On a toujours le sentiment qu’il y a en France soixante millions de spécialistes de l’école » ose-t-il écrire page 137. C’est vrai, après tout de quoi se mêlent ces gens (des parents qui osent encore s’intéresser à leurs enfants peut-être ?) qui donnent leur avis sur l’enseignement alors que des ministres et autres fonctionnaires sont payés pour penser à leur place ?
Mais heureusement, M. Darcos a compris dans quel sens souffle le vent car il nous dit aussi que « L’éducation est certainement l’un des domaines où la souveraineté nationale peut encore s’exercer pleinement, sans devoir se soumettre au seul jeu des lois économiques à l’échelle planétaire ». Ce n’est pas lui qui risquera d’être accusé de se soumettre à la mondialisation néo-libérale !

Claudie Haigneré :
Après ça, le texte signé Claudie Haigneré pourrait paraître anodin. Nous apprenons qu’il faut bâtir une « croissance maîtrisée, plus juste socialement ». Je ne sais pas sur quelle planète vit Mme Haigneré, mais j’ai l’impression que certaines années, le gouvernement serait bien content d’avoir une croissance tout court ! Sinon, elle aussi reprend le thème du « développement durable » (pages 160, 173, etc.), elle nous explique qu’il est nécessaire « d’agir en profondeur pour dynamiser le potentiel de la recherche publique » (page 162) - mais qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire ?- et elle voudrait bien rationaliser la société de l’information. Internet serait dans le collimateur du gouvernement ? Notre liberté d’Internautes sera-t-elle limitée comme l’est déjà notre liberté d’expression ? On aurait aimé en savoir plus.
Mme Haigneré a une mentalité collectiviste. Elle écrit : « L’audace scientifique n’est pas la satisfaction de besoins individuels, mais la réponse à des aspirations collectives profondes. »
Définies par qui, les « aspirations collectives profondes » ? Laissez-moi deviner. L’inconscient collectif des Français ? Non, bien sûr. L’Etat ? Ses créatures peut-être ? Oui, j’ai l’impression que c’est ça. Bienvenu dans le meilleur des mondes de l’ingénierie sociale ! En revanche, satisfaire ses besoins individuels est la marque d’un esprit scandaleusement individualiste et sans doute antisocial...

A l’heure du bilan, il est clair que Luc Ferry et ses ministres délégués partagent une même vision constructiviste de la société. Le corps social est une sorte de pâte à modeler entre les mains des hommes politiques qui ont le POUVOIR. La société est une machine qu’il s’agit de piloter.  L’éducation est donc d’abord l’affaire de structures bureaucratiques mises en branle par le Prince ou le Législateur comme on disait aux dix-sept et dix-huitième siècles.
Plus généralement, les problèmes sociaux comme le chômage, la pauvreté, la misère sont des maux contre lesquels on prétend lutter avec la plus grande énergie mais dont les causes restent très mystérieuses et en fait, incompréhensibles. (François Mitterrand, déjà, en son temps avait oser prétendre que contre le chômage, « on avait tout essayé » !).
Ce qui compte, c’est de faire croire que l’on agit. Déclarer la guerre au cancer, voilà bien une cause digne des hommes politiques français ! S’il le faut, on inventera des problèmes qui serviront de prétextes à l’interventionnisme croissant de l’Etat dans nos vies privées.
J’ai déjà mentionné les atteintes à la liberté d’expression, je voudrais noter ici les atteintes à la liberté de choix aux élections (parité), les atteintes graves et répétées à la propriété privée légitime, la dégénérescence du Droit qui devient un flot continu de règlements en tout genre inapplicables et incompréhensibles et la hausse continue des prélèvements obligatoires qui ne sont qu’une forme de vol légal.

« Ne demandez pas ce que l’Etat peut faire pour vous. Demandez-vous ce que les hommes de l’Etat sont en train de vous faire. »
David Friedman : « Vers une société sans Etat »

Vers la liberté  :
Mais que serait donc l’Ecole dans une société d’hommes libres ? Je vais tenter d’esquisser maintenant une réponse.

Deux niveaux de réflexions :
1 : l’idéal défini en fonction de nos valeurs de liberté et de responsabilité ;
2 : le concret : comment aller dans la bonne direction à partir de la situation actuelle.

Dans une société libre, l’homme est d’abord propriétaire de son corps. Il ne peut être réduit en esclavage. Il est ensuite propriétaire des richesses qu’il a créées ou produites lui-même. Nul ne peut légitimement les lui prendre. Que les voleurs s’appellent gangsters ou agents des impôts ne fait aucune différence. Ensuite, l’homme libre est propriétaire légitime des biens qu’il a volontairement échangés avec d’autres hommes.
Le monde est sans doute de plus en plus complexe. Il faut de grandes qualités d’analyses et d’ouverture pour s’y adapter. Une masse considérable d’informations est disponible. Il faut être prêt à y faire face, à sélectionner celles qui sont pertinentes, à assumer ses erreurs et éventuellement à les corriger. Il existe une procédure sociale qui a fait ses preuves et qui permet de gérer ce type de situation complexe, c’est le marché.
Un marché libre de l’éducation permettrait l’émergence de solutions utiles, efficaces et à moindre coût à ce défit quotidien et universel qu’est l’instruction et l’éducation des enfants. Ce marché donnerait enfin aux parents la liberté de choisir l’éducation qu’ils désirent pour leurs enfants. Les solutions choisies seraient diverses car les parents n’ont pas tous les mêmes projets pour leurs enfants. (5)
Selon cette éthique de la liberté, le dirigisme éducatif actuel est un contresens car les hommes de l’Etat n’ont pas plus de compétences ni d’imagination pour élaborer de nouvelles solutions à de nouveaux problèmes, ils en auraient plutôt moins. Les effets pervers de l’étatisation de l’éducation sont l’uniformisation idéologique transmise par l’école, la déresponsabilisation des parents et la propagation de mensonges qui deviennent des sortes de « vérités officielles ».

Et ici et maintenant ?
Aujourd’hui, une des premières mesures à prendre serait sans doute la suppression de la carte scolaire afin que les parents puissent choisir librement l’école de leurs enfants. Il faudrait également très vite donner leur autonomie et leur indépendance aux universités.
L’étape suivante serait l’instauration du « chèque-éducation » c’est-à-dire que les parents indiqueraient à l’Etat l’école choisie pour l’éducation de leurs enfants et l’Etat verserait à cette école la quote-part financière correspondante. On verrait ainsi se trouver en concurrence des écoles publiques à l’ancienne ou rénovées, des écoles privées sous contrat avec l’Etat et surtout une nouvelle catégorie d’écoles réellement libres et indépendantes du pouvoir politique. (6) Les plus efficaces, celles qui répondraient le mieux aux attentes des parents se développeraient. Les autres devraient se réformer ou disparaître.
Mais nous n’en sommes pas encore là...

Sylvain

P.S. : Le coût annoncé de la distribution "gratuite" de ce livre dans les établissements scolaires est de 900 000 euros. Au moins nous savons à quoi servent nos impôts.

Notes :


(1) Sur une définition du conservatisme politique, cf. Friedrich Hayek : "Pourquoi je ne suis pas conservateur" ;
(2) Lien ;
(3) cf. par exemple : Guy Sorman : « Les enfants de Rifaa - Musulmans et modernes » (éd. Fayard, 2002), ch.12 : « Notre problème arabe ».
(4) cf. par exemple :  « Libéralisme » de Pascal Salin (éd. Odile Jacob, 2000), chapitre 2 : « Les deux libéralismes ».
(5) cf. : "Education : marché ou monopole d'Etat" de Marc Grunert ;
(6) cf. David Friedman :  « Vers une société sans Etat » (éd. Les Belles Lettres, 1992),
ch. 10 : « Vendez les écoles ».
(7) Finalement, ce débat a eu lieu sous le nom de "Débat national sur l'avenir de l'école".

Annexe n°1 :

Remarque concernant la création programmée de 30 000 emplois dans l’Education nationale :
D’après le rapport du sénateur Gouteyron, plusieurs milliers d’enseignants ne sont pas devant les
élèves :
- environ 7 000 sont permanents syndicaux ;
- environ 15 000 enseignants sont en « détachement », c’est-à-dire travaillent pour une autre administration, un autre ministère, dans des collectivités locales ou dans certaines associations comme la Ligue de l’enseignement  ;
- plus de 1 000 sont « mis à disposition » : enseignants travaillant dans des mutuelles ou dans des organismes publics (Cité des sciences et de l’industrie, musées - notamment celui abritant les cadeaux présidentiels de Jacques Chirac en Corrèze -, etc.).
Un mot sur certains effectifs mal employés. Dans les lycées professionnels, 60% des enseignements se font devant des groupes de moins de 20 élèves, dont 20% dans des classes de moins de 10 élèves.

Annexe n°2 :

L’état de la France, quelques rappels :
La France connaît un taux de croissance très bas : 2% en moyenne de 1982 à 1992, 1,5% seulement de 1992 à 2002 (dans d’autres pays, il est beaucoup plus élevé : 3,5%, par exemple aux Etats-Unis).
En France, il faut plus de 2,5% de croissance par an pour créer des emplois. En 20 ans, le nombre de chômeurs britanniques a diminué de 2 millions et celui des sans-emploi français a augmenté de 250 000 par an en moyenne.
En France, le taux de chômage de longue durée a doublé en 20 ans et celui des jeunes tourne autour de 25%, toujours depuis 20 ans.
Dans le même temps, la France est passée en Europe du troisième au onzième rang pour son niveau de vie.
Le revenu moyen en France était à peu près équivalent au revenu moyen britannique en 1982. Aujourd’hui, il n’en représente plus que les trois quarts.
Pendant ces 20 ans, alors que le PNB a beaucoup moins augmenté en France qu’en Grande-Bretagne, le coût de fonctionnement de l’Etat français a augmenté de près de 50%.
Les parts de marché de l’industrie française à l’exportation ont baissé de 25% depuis 1982.
Depuis 1973, les Etats-Unis ont créé 55 millions d’emplois et la zone euro seulement 5 millions.
D’après Charles Gave : « Des lions menés par des ânes : essai sur le crash économique (à venir mais très évitable) de l’Euroland en général et de la France en particulier » (Ed. Robert Laffont, 2003)
Charles Gave est spécialiste des marchés financiers.

 

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