Pour le refus d'inspection !
Le rapport d’inspection « traduit une communication humaine faussée par le jeu du pouvoir qui compense dans une courtoisie excessive et un peu glacée l’évidente exigence d’une obéissance
précise et indiscutable. »
J.V., inspectrice,
citée in « L’inspecticide » (1985) page 55.
« Les ministres passent,
les inspecteurs aussi
mais les instits restent ! »
Proverbe
Lorsque j’ai commencé à travailler dans l’Education nationale au début des années 80, j’ai assez vite rejoint le collectif parisien des enseignants refusant l’inspection.
Ce collectif était essentiellement animé par des militants du syndicat SGEN-CFDT (syndicat minoritaire mais toujours « en pointe ») mais on y rencontrait également des militants de
l’Ecole émancipée (tendance gauchiste de la FEN, le principal syndicat enseignant à l’époque) et quelques non-syndiqués.
L’opposition à l’inspection se basait surtout sur le refus de la structure hiérarchique de l’Education nationale et sur le désir de voir les choses bouger. L’arrivée de la gauche au pouvoir avait
soulevé beaucoup d’espoir avant d’engendrer quantité de désillusions. Les « refuseux » préconisaient le travail en équipes (équipes constituées autour de projets pédagogiques communs),
de nouvelles modalités d’évaluation du travail des enseignants et l’ouverture de l’école sur l’extérieur. Le tout était enrobé d’un discours contestataire assez classique
« anti-bourgeois », anti-capitaliste, défendant le « service public » etc. Le cœur du problème c‘est à dire comment réaliser la nécessaire évaluation des enseignants, comment
dépasser l’archaïsme de la notation individuelle était laissé dans le flou le plus total.
J’ai ressorti une plaquette éditée à l’époque, « L’inspecticide » car devant les dérives bureaucratiques toujours plus marquées de l’Education nationale, le refus de l’inspection me
parait toujours être une idée valable.
Aujourd’hui, les idées du SGEN et des mouvements pédagogiques des années 80 sont officiellement au pouvoir. Projet d’école, décloisonnement, travail en équipe, évaluation des enfants, ouverture
de l’école aux parents ont peu ou prou force de loi. Tout cela n’est pas forcément mauvais en soi.
Le problème est que cette évolution a été imposée aux enseignants et qu’elle s’est accompagnée d’un accroissement extraordinaire de la paperasse qui accompagne désormais la vie quotidienne d’une
classe.
Les élites qui nous gouvernent ont bien senti qu’il y avait un malaise dans l’enseignement en France. Les coûts sont toujours plus élevés (l’enseignement est toujours le premier budget de l’Etat
devant les intérêts de la dette), les résultats restent calamiteux, même si le système tente régulièrement de « casser le thermomètre » (cf par exemple les instructions demandant aux
examinateurs d’être indulgents avec les candidats au bac) et l’insatisfaction des familles grandit.
La réaction inévitable d’une bureaucratie est l’augmentation du contrôle des enseignants de base, l’encadrement toujours plus rigide de leur travail quotidien, cela s’accompagnant d’une
augmentation très net du pouvoir administratif.
Les résultats sont prévisibles : ce qui ne marche pas continuera à ne pas marcher, ce qui marchait bien (comme l’école maternelle dans l’ensemble) fonctionnera moins bien et les gaspillages se
multiplieront.
Qu’en pensent aujourd’hui les militants des années 80 ou les plus jeunes ayant conservé les mêmes idées ? Le refus d’inspection est toujours présent notamment à la CNT-FTE (« Fédération des travailleuses/eurs de l’éducation »), le syndicat anarchiste. Le discours n’a pas changé, les
méchants sont toujours les bourgeois, la droite, le Capital, etc.
Pour un libertarien, le problème se pose dans des termes différent. L’Education nationale n’est pas une émanation du Capital aux ordres de la Bourgeoisie. Il s’agit d’une structure bureaucratique
parasite (pléonasme !) dont deux des principaux buts sont l’auto-préservation et l’élimination de la concurrence. Ces deux objectifs sont pour le moment atteints, personne ne remet aujourd’hui en
cause l’existence de l’Education nationale (sauf quelques marginaux libertariens justement et contrairement aux fantasmes d’une bonne partie de la gauche) et le privé catholique qui était quand
même traditionnellement le grand rival a été phagocyté par le système. Rappelons que les programmes et les inspecteurs du privé dit « sous contrat » sont les mêmes que ceux du
public et que les enseignants du privé sont payés par l’Etat. Ce que la gauche n’a pas réussi à faire au début des années 80, à savoir la nationalisation de l’enseignement privé s’est réalisé peu
à peu dans les décennies suivantes. En échange de subsides, le privé s’est aligné sur le public.
La seule évaluation valable des enseignants ne pourrait se faire que dans un contexte de libres entreprises d’enseignement et de concurrence. Les familles n’ont pas toutes les mêmes attentes à
l’égard du système éducatif et cela est tout à fait légitime. Dans un contexte libre, l’offre éducative serait riche et variée et les résultats seraient bien meilleurs que ceux du système actuel.
Si vous n’êtes pas content d’un fournisseur, vous en changez, si vous n’êtes pas content de votre employeur, de la même façon, vous en changez.
En attendant, j’ai décidé de me laisser prendre la tête le moins possible par les délires bureaucratiques de nos chefs et pour le moment, je refuse l’inspection.
Sylvain
Refus d’inspection, mode d’emploi :
C’est simple, il suffit de prévenir votre inspecteur/trice que vous refusez l’inspection en mentionnant la note de service du 13 décembre 1983 de Monsieur le ministre de l’Education nationale (à
l’époque, Alain Savary).
"L'inspecticide" page 60, reproduction d'une affiche de l'époque.
Tu peux courir !


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Commentaires: 1
tupeuxcourir (mercredi, 08 décembre 2010 08:35)
Aujourd'hui mercredi 8 décembre 2010, je viens de renouveler mon refus d'inspection...