Patrick Declerck : "Les naufragés"
éd. Plon (2001), col. Terre Humaine
rééd. Pocket n°11846 (2003)
Depuis que je m’intéresse au libéralisme, j’ai toujours trouvé importantes et intéressantes les analyses et les réponses apportées à la « question sociale ». Autrement dit, que deviendraient dans une
société libre, les plus pauvres et les plus démunis d’entre nous ? Et d’abord, y aurait-il des miséreux et des clochards dans un tel monde ?
Ma conviction est que plus une société est libre, libérale ou libertarienne, meilleur sera le sort des plus pauvres. On doit pouvoir le démontrer mais ce n’est pas mon propos ici.
(Je pense que le taux de chômage dans un pays, par exemple, est inversement corrélé au degré de liberté.)
Le livre que je voudrais présenter est à la fois un témoignage et une enquête sur le sort des clochards aujourd’hui à Paris. L’auteur est à la fois psychanalyste et ethnologue. Il a lui-même vécu un
certain temps dans la rue et a ouvert la première « consultation d’écoute » destinée aux SDF en 1986.
Le nombre d’abord : environ 15 000, rien qu’à Paris, à vivre en permanence dans la rue.
Les conditions de vie sont atroces, la violence, l’alcoolisme sont omniprésents. Les maladies sont courantes, mal soignées et invalidantes, les « addictions » aux médicaments et aux drogues très
courantes.
Le récit de l’auteur est impressionnant. A aucun moment, il ne tombe dans le misérabilisme. Non, la misère n’ennoblit pas l’homme, au contraire, elle l’avilit. Des extraits de témoignages écrits par
des clochards sont aussi insérés dans le livre.
Patrick Declerck est aussi très critique sur les pratiques institutionnelles visant à « réinsérer » des gens qui ne l’ont probablement jamais été.
Dans une deuxième partie du livre, l’auteur tente de comprendre comment on peut en arriver là. A entendre les clochards eux-mêmes, leurs parents étaient très souvent désunis, leur femme les a quitté
et l’alcool a achevé le travail. Patrick Declerck pense que l’alcoolisme est souvent premier et que la souffrance doit remonter loin dans le passé de ces individus, peut-être même, dit-il, à la vie
intra-utérine.
C’est là que le livre m’a paru insatisfaisant. Je ne pense pas que les concepts psychanalytiques utilisés par l’auteur expliquent grand chose et je trouve qu’il prend trop à la lettre les
affirmations des clochards, alors qu’il dit lui-même que ces derniers finissent par élaborer une sorte de discours passe-partout que les travailleurs sociaux et autres psychologues qui les côtoient
s’attendent à entendre.
Il faudrait faire une sorte d’enquête de police pour tenter de reconstituer le parcourt des SDF afin de tenter de comprendre ce qui leur est réellement arrivé.
On pourra également être gêné par une présence, certes discrète mais quand-même, de l’imagerie marxiste concernant la « responsabilité » de la société. J’imagine l’auteur incapable de dépasser les
clichés trotskistes de sa jeunesse, mais ça, c’est surtout une question de culture...
Par-delà ces réserves, voilà un livre passionnant sur les plus pauvres des plus pauvres.
Sylvain
Tu peux courir !


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