Michel Onfray : "Traité d'athéologie"
Éditions Grasset (2005), réédité au Livre de Poche (2006).
J'ai toujours été athée. Pendant des années, chaque trimestre, je lisais la Tribune des athées, le périodique édité par l'Union des athées. Sans éducation religieuse, je n'ai jamais été tenté par
l’une des quelconques religions que l'on peut rencontrer aujourd'hui.
Le livre de Michel Onfray a été un des best-sellers de 2005 et l'athéisme affiché et violemment militant de l'auteur avait de quoi piquer ma curiosité.
J'ai donc jeté un coup d'œil à ce bouquin et je ne me reconnais pas, mais alors pas du tout dans la conception sectaire et totalitaire de l’athéisme qui y est exposée.
Explications.
Les idées politiques de Michel Onfray relèvent d’un gauchisme relativement banal aujourd’hui et Marx fait toujours partie de ses inspirateurs (voir page 32). Michel Onfray est anti-libéral au
possible même si on ne sait pas clairement ce qui a remplacé dans sa tête l'utopie communiste, en admettant que quelque chose l'ait remplacé, et même qu'elle ait été remplacée !
Quoi qu'il en dise, Michel Onfray voit d'abord les hommes comme des victimes, victimes du capitalisme, victimes du fascisme, victimes des religieux. Le libre-arbitre n'existe pas (page 77) - ce n'est
qu'un prétexte à la répression - et l'être humain est fondamentalement aliéné. Seul un hypothétique athéisme post-moderne (sic) pourra le libérer.
Les sources d'inspiration de Michel Onfray sont quelques philosophes (Feuerbach, Kant, Nietzsche...), mais aussi Freud, Gilles Deleuze et Michel Foucault. Contradiction fondamentale de quelqu'un qui
se prétend philosophe, qui dit révérer la science (puisque les religions sont contre...) mais qui sacrifie encore aujourd'hui à une escroquerie avérée comme la psychanalyse (voir par exemple sur ce
sujet le livre de Jacques Bénesteau « Mensonges freudiens » paru chez Mardaga en 2002) et qui adopte sans sourciller des « idées » dites « post-modernes » dont la contradiction avec la démarche
scientifique a été clairement mise en évidence (voir par exemple « Impostures intellectuelles » d'Alan Sokal et Jean Bricmont édité chez Odile Jacob en 1997).
Un exemple de « pensée » post-moderne chez l’auteur est donné page 144 où il nous explique tout le mal qu’il pense de la circoncision pratiquée chez les juifs et chez les musulmans avant de préciser
que depuis Paul, cette pratique n’existe pas chez les chrétiens. Mais c’est aussitôt pour nous expliquer que la circoncision est devenue chez ces derniers une « affaire mentale », ce qui finalement
pour lui est sans doute plus grave. Il croit aussi qu'en mettant une majuscule à certains mots clefs tels que la Raison, l'Intelligence ou l'Esprit Critique (page 39), le monde devient intelligible
et progressiste alors qu'il ne s'agit que d'un rideau de fumée masquant la vacuité de sa pensée.
Pour revenir au sujet, la haine de Michel Onfray pour les trois religions monothéistes est totale et sans aucune concession. Tout y passe. Les monothéismes ne sont que haines, haine de
l'intelligence, haine de la vie, haine du corps, haine des femmes, haine du sexe "libre" (page 87). Comme l'auteur croit à la responsabilité collective (au moins quand ça l'arrange, voir la page 63
pour une défense de l'individualisme, défense qui vient comme un cheveu sur la soupe, perdue qu'elle est au milieu de l'exaltation des totalitarismes de gauche - Révolution française, Commune,
socialisme...), tout acte mauvais commis par un chrétien quelconque est aussitôt reporté sur l'ensemble des chrétiens et le plus souvent possible sur la Bête Noire de Michel Onfray, l'Eglise
catholique. Le fanatisme de Michel Onfray atteint son maximum quand il est question du nazisme. Pour lui la cause est entendu, le christianisme est à l’origine du nazisme, le nazisme n’est qu’une
forme un peu particulière de christianisme et d’ailleurs, Hitler est resté chrétien jusqu’à sa mort. Il a peut-être quelque sympathie pour la "théologie de la libération" mais malheureusement, il
s'agit d'un système encore trop religieux (page 81). Avec des "raisonnements" à la Onfray, on pourrait tout aussi bien reprocher aux athées d'aujourd'hui tous les crimes que les régimes communistes
ont commis ou commettent encore (au moins quatre-vingts millions de morts quand même) puisque ces régimes étaient ou sont officiellement athées. Merci du cadeau ! Il est vrai que pour Michel Onfray,
cela n’est peut-être pas un problème car pour lui s’il y a quelque chose à retenir de l’année 1793 en France, c’est que le christianisme y a été quelque peu mis à mal (page 47)...
Mais que mettre à la place de ce délire athée post-moderne et nihiliste ? D'abord réaffirmer la primauté de l'individu en toutes circonstances. Le Christianisme ou l'Islam n'existe pas. Il n'y a que
des chrétiens ou des musulmans qui finalement auront bien du mal à définir ce qui les réunit et qui ne peuvent être jugés que sur leurs actes. L'être humain est d'abord un individu responsable et
rien, jamais, ne peut excuser un acte condamnable au regard du Droit naturel.
Et puis comment Michel Onfray peut-il ignorer les avancées scientifiques récentes ? Le problème de ce qu'est la nature humaine a beaucoup progressé. Il faut lire par exemple en français les livres de
Steven Pinker. Quant au fonctionnement des croyances religieuses, je renvoie à « Et l'homme créa les dieux » de Pascal Boyer (éd. Laffont, 2001, réédité en Folio).
La réalité est que les croyances religieuses sont quelque chose de naturel chez l'être humain (ce qui ne veut pas dire qu'elles sont vraies ni forcément bonnes !) et qu'elles ont
une haute probabilité d'apparition spontanée, le cerveau humain est ainsi fait. L'anti-monothéisme primaire de Michel Onfray apparaît aujourd'hui comme totalitaire, archaïque et complètement dépassé
par les progrès de la connaissance. Quand au mode de pensée de l’auteur, le qualificatif « crapuleux » est encore un compliment.
Sylvain
Citation :
Choisis ton camp, camarade ! :
« Le XXIe siècle s'ouvre sur une lutte sans merci. D'un côté un Occident judéo-chrétien libéral, au sens économique du terme, brutalement capitaliste, sauvagement marchand, cyniquement
consumériste, producteur de faux biens, ignorant toute vertu, viscéralement nihiliste, sans foi ni loi, fort avec les faibles, faible avec les forts, rusé et machiavélique avec tous, fasciné par
l'argent, les profits, à genoux devant l'or pourvoyeur de tous les pouvoirs, générateur de toutes les dominations - corps et âmes confondus. Selon cet ordre, c'est liberté théorique pour tous, en
fait, liberté seulement pour une poignée, très peu, pendant que les autres, la plupart, croupissent dans la misère, la pauvreté, l'humiliation.
De l'autre, un monde musulman pieux, zélé, brutal, intolérant, violent, impérieux et conquérant. Fascisme de renard contre fascisme de lion, l'un faisant ses victimes en post-moderne avec
des armes inédites, l'autre en recourant à un hyper-terrorisme de cutters, d'avions détournés et de ceintures d'explosifs artisanales. »
« Traité d'athéologie » pages 255 et 256.
Tu peux courir !


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Commentaires: 1
Hidalgo (mercredi, 23 septembre 2009 14:38)
Site sobre, j'aime bien.
J'aime bien le passage sur la vacuité de ces majuscules. Raison déja dénonçée chez Burke comme une sorte masque auto-justifiant, cachant des préférences personnelles. Je me demande si Onfray ne souffre pas d'Attalisme: une énorme auto-suffisance qui lui sert référence.