Patrick Tounian : "Obésité infantile"

 

avec Safia Amor
Sous-titre : « On fait fausse route »
Editions Bayard, collection « Aux côtés des enfants » (2008).

Le professeur Patrick Tounian est pédiatre et nutritionniste à l’hôpital Armand-Trousseau à Paris. Docteur ès sciences, c’est un spécialiste de l’obésité et il dirige la formation universitaire « Obésité de l’enfant et de l’adolescent » à la faculté de médecine Pierre-et-Marie-Curie.

Le livre « Obésité de l’enfant » veut être un ouvrage de vulgarisation à mettre entre toutes les mains. Il fait le point sur l’obésité infantile souvent présentée comme étant au moins un problème de santé dite « publique », sinon un problème de société.

Rappelons d’abord ce qu’est une personne obèse.
Il faut connaître l’Indice de Masse Corporelle (« IMC ») de la personne. Il se calcule en divisant le poids (en kg) par la taille (en mètre) au carré. Pour une valeur supérieure à 25, vous êtes en surpoids et pour une valeur supérieure à 30, vous êtes obèse. L’IMC varie chez les enfants parallèlement à leur croissance.

Patrick Tounian s’appuie constamment sur des faits vérifiés et démontrés. Si le style est simple et clair sans aucun jargon médical, les références scientifiques - très souvent en anglais - sont données en bas de pages.
Le point de départ est que la prédisposition à l’obésité est d’origine génétique. On sait par exemple qu’à l’âge adulte, deux vrais jumeaux ont une corpulence identique même s‘ils ont été élevés dans des familles différentes. On sait aussi que nous ne sommes pas identiques face à l’alimentation. Dans la même fratrie, certains enfants peuvent être obèses mais pas les autres.
On sait enfin qu’il existe des différences « ethniques » : aux Etats-Unis, les enfants noirs ou amérindiens sont plus souvent obèses que les enfants blancs. En Europe, c’est à Malte et en Crète que les obèses sont les plus nombreux.
Patrick Tounian démontre que les explications sociales de l’obésité sont fausses. Des études ont montré qu’aux Etats-Unis, les obèses, surtout les filles, se marient moins souvent et ont des salaires inférieurs aux non-obèses et cela dans tous les milieux. La pression sociale est également plus forte dans les milieux aisés et aide certains obèses à réguler leur alimentation. Les aliments bon marché ne sont pas non plus à mettre en cause car tous les enfants de milieux défavorisés ne deviennent pas obèses.
« C’est l’obésité qui rend pauvre et non la pauvreté qui rend obèse ! » dit l’auteur (page 34).

Mais pourquoi cette prédisposition à l’obésité a-t-elle été maintenue par la sélection naturelle ? L’auteur pense que dans certaines populations qui étaient dans le passé régulièrement victimes de disettes ou de famines, la capacité à absorber de grandes quantités de nourriture était un facteur de survie. En cas de famines, les maigres mourraient en premier.
A côté de cet élément principal, on sait que le tissu graisseux joue un rôle important dans la résistance de l’organisme aux infections. Or dans le passé, les maladies infectieuses étaient la principale cause de mortalité. Ces phénomènes se répétant sur des générations, la capacité à devenir gros ou obèse aurait été sélectionnée. Bien sûr, dans le passé très peu de gens pouvaient devenir réellement obèses. Les difficultés à se nourrir étaient un soucis quotidien pour nos ancêtres.
Aujourd’hui, de plus en plus de populations ont accès à une nourriture riche et abondante. Les personnes dont le niveau de satiété est élevé mangent enfin à leur faim et risquent donc de devenir obèses.

Il existe aussi d’autres hypothèses concernant l’apparition de l’obésité. Par exemple, il a été montré que les enfants de mères ayant subit des épisodes de malnutrition pendant les deux premiers trimestres de leur grossesse voyaient leur risque d’obésité augmenter. Les enfants de mères fumeuses ont aussi un risque accru. La question est donc complexe et de nouvelles recherches scientifiques sont certainement nécessaires.

Il ne faut pas oublier cependant que la plus grande partie de la population ne deviendra jamais obèse et d’ailleurs le taux d’enfants obèses n’augmente plus en France depuis 2000 et n’augmente plus aux Etats-Unis depuis 1999.

Partie très intéressante de ce livre, Patrick Tounian aborde le problème des campagnes d’information et de sensibilisation publiques concernant les dangers de l’obésité infantile comme le programme EPODE (« Ensemble, prévenons l’obésité des enfants ») lancé en 2004 dans une dizaine de villes en France et s’appuyant sur une expérience antérieure plus modeste concernant la ville de Fleurbaix-Laventie (page 74 et suivantes).
Il montre qu’il n’existe aucune étude prouvant l’efficacité de ces campagnes. Certes, les connaissances nutritionnelles ont augmenté dans la population mais aucune donnée ne prouve une baisse du nombre d’enfants obèses à la suite de ces campagnes qui coûtent très cher à la collectivité.
Il faut noter que ce genre de campagnes existe aux Etats-Unis depuis les années 60 du XXè siècle et qu’elles n’ont pas empêché le nombre d’obèses d’augmenter pendant plusieurs décennies.
Fort logiquement, Patrick Tounian appelle à un moratoire des campagnes de prévention collective (page 82) mais quelque chose me dit qu’il ne sera pas écouté.

Que faire ?
D’abord dédramatiser. Les obèses ne sont pas victimes d’une mauvaise éducation ni d’un manque de volonté. Il faut cesser de les stigmatiser et les soutenir psychologiquement quand ils tentent de perdre du poids.
Cesser d’accuser aussi la prétendue « mal-bouffe » qui n’est qu’un mythe inventé par des esprits totalitaires en mal de bouc émissaires.
Et s’informer.
Patrick Tounian explique par exemple qu’un litre de jus de raisin (« 100% jus de fruit ») contient plus de sucre qu’un litre de Coca-Cola et que la différence entre sucres « lents » et sucres « rapides » est bien mince puisqu’à quantités égales les uns apportent autant de calories que les autres.
En tout cas, rien ne remplace la responsabilité individuelle sur ces sujets. Non seulement l’Etat se mêle de ce qui ne le regarde pas mais de toute façon, il échouera.

Sylvain

Liens :

 

- Une interview de Professeur Patrick Tounian à l'occasion de la Journée de dépistage de l'obésité infantile ;

- une autre présentation des travaux de Patrick Tounian.

 

écrire commentaire

Commentaires: 0

  • loading