Vincent Courtillot : "Nouveau voyage au centre de la Terre"

 

Editions Odile Jacob (2009).

« Cependant mon imagination m’emporte dans les merveilleuses hypothèses de la paléontologie. Je rêve tout éveillé. Je crois voir à la surface des eaux ces énormes Chersites, ces tortues antédiluviennes, semblables à des îlots flottants. Sur les grèves assombries passent les grands mammifères des premiers jours, le Leptotherium, trouvé dans les cavernes du Brésil, le Méricotherium, venu des régions glacées de la Sibérie. Plus loin, le pachyderme Lophiodon, ce tapir gigantesque, se cache derrière les rocs, prêt à disputer sa proie à l’Anoplotherium, animal étrange, qui tient du rhinocéros, du cheval, de l’hippopotame et du chameau, comme si le Créateur, trop pressé aux premières heures du monde, eût réuni plusieurs animaux en un seul. Le Mastodonte géant fait tournoyer sa trompe et broie sous ses défenses les rochers du rivage, tandis que le Megatherium, arc-bouté sur ses énormes pattes, fouille la terre en éveillant par ses rugissements l’écho des granits sonores. Plus haut, le Protopithèque, le premier singe apparu à la surface du globe, gravit les cimes ardues. Plus haut encore, le Ptérodactyle, à la main ailée, glisse comme une large chauve-souris sur l’air comprimé. »
Jules Verne : « Voyage au centre de la Terre », chapitre 32.

Vincent Courtillot est né en 1948. Professeur de géophysique à l’université Denis-Diderot (Paris VII), il est membre de l’Académie des sciences. Il a enseigné à Stanford, Santa Barbara et au Caltech (« California Institute of Technology » ). Il dirige aujourd’hui l’Institut de physique du globe de Paris et préside depuis 2002 le conseil scientifique de la Ville de Paris. Homme de gauche - comme on dit -, il a été conseiller spécial du Ministre de l’Education Nationale, à l’époque Claude Allègre qui est pour lui un collègue et un ami.

Les prises de position récentes de Vincent Courtillot - sceptique sur l’origine humaine du léger réchauffement climatique constaté de 1970 à 1998 - lui ont valu bien des déboires relayés jusque dans la grande presse généraliste. On l’a par exemple accusé de croire que la Terre est plate et sa probité scientifique a même été mise en doute.

Il est donc très intéressant aujourd’hui de lire son dernier livre qui est paru récemment chez Odile Jacob.
« Nouveau voyage au centre de la Terre » fait bien sur référence au « Voyage au centre de la Terre » de Jules Verne, roman publié en 1864 qui raconte l‘histoire d‘une expédition scientifique s‘enfonçant dans les profondeurs de la Terre. Le voyage commence dans le cratère d’un volcan islandais éteint et s’achève en Méditerrannée. Entre temps, les voyageurs ont exploré une partie du sous-sol de la Terre et rencontré des créatures disparues depuis longtemps à la surface du globe…
Chaque chapitre du livre de Vincent Courtillot s’ouvre sur une courte citation du roman de Jules Verne.
Le « Nouveau voyage… » est organisé en trois parties : le problème du réchauffement ou des changements climatiques tout d’abord ; ensuite - et c’est le cœur de l’ouvrage - la structure interne de la Terre à la lumière des connaissances scientifiques actuelles, et enfin, un retour sur les liens entre tectonique des plaques, points chauds et extinctions de masse dans l’histoire de la Vie sur Terre.

La première partie commence par le rappel de l’influence connue depuis longtemps du soleil sur le climat. Le soleil ne brille pas toujours de la même façon, il est soumis à des cycles qui font varier l'ensoleillement et ont donc une influence sur la quantité de rayonnements reçus par la Terre. Le plus connu est le cycle de onze ans dans la fréquence des taches solaires : le soleil se couvre de taches plus sombres à sa surface qui sont plus ou moins nombreuses. On sait aussi par exemple que le soleil brillait 30% moins fort dans son premier milliard d'années d'existence.
Le champ magnétique terrestre est également soumis aux influences du soleil et des rayons cosmiques.
La Terre connaît aussi des variations de son orbite qui ont des incidences sur le climat. Son axe de rotation peut varier entre 21,5 et 24,5º, ce qui n'est pas négligeable. Enfin, concernant toujours l'axe de rotation de la Terre, celui-ci change graduellement d'orientation, c'est la précession.
Ces phénomènes sont systématiquement oubliés ou sous-évalués dans le débat contemporain sur le réchauffement climatique.
Vincent Courtillot examine ensuite le problème de la concentration en gaz carbonique dans l'atmosphère. Il rappelle très utilement page 39 que le principal gaz à effet de serre est... la vapeur d'eau (!). Peu médiatisée, cette information est pourtant importante. Evidemment, il serait difficile de faire peur avec la vapeur d'eau alors qu'avec le terrible dioxyde de carbone, c'est plus facile. La concentration en CO2 a varié au cour de l'histoire de la Terre. Les recherches actuelles indiquent cependant que l'influence de ces variations sur le climat est faible (chapitre 2).

Enfin, Vincent Courtillot pose le problème de la mesure de la température globale sur Terre et de son évolution. Les problèmes méthodologiques sont nombreux, les relevés systématiques n'existent que depuis relativement peu de temps et les manipulations politiques ou, au moins intéressées, sont avérées - l'exemple de la "courbe de hockey" de Michael Mann est dans toutes les mémoires.
Vincent Courtillot et son équipe ont donc repris les données à la base et arrivent à la conclusion que les variations de température ne sont pas partout identiques et que des périodes de refroidissement aussi bien que de réchauffement se sont succédées au XXè siècle.
La hausse du niveau de la mer est également mentionnée. Les données récentes indiquent qu'elle a cessé en 2003. Quelques mots sur le Gulf Stream : en l'état actuel des connaissances scientifiques, il est impossible que ce phénomène naturel cesse un jour (voir "Nouveau voyage..." page 81).
Beaucoup de bonnes choses donc dans cette première partie du livre qui fournit de précieux arguments scientifiques aux sceptiques du réchauffement prétendument "anthropique" (c'est-à-dire créé par l'activité humaine).

La seconde partie du « Nouveau voyage... » est consacrée à l'état du savoir aujourd'hui en ce qui concerne la structure de la Terre. Tout aussi scientifique que la première, cette partie est cependant parfois un peu plus ardue pour le non spécialiste.
Vincent Courtillot fait le point sur la tectonique des plaques et sur les fameux points chauds qui étaient déjà le sujet de son livre « La Vie en catastrophes » paru en 1995.
Les points chauds sont l’arrivée à la surface de la Terre de masses de roches très chaudes provenant du cœur de la planète, plus précisément de la limite entre le noyau externe et le manteau inférieur environ 2900 km sous nos pieds. Ces points chauds provoquent en un temps relativement court de gigantesques écoulements de lave à la surface et peuvent avoir de graves conséquences pour la vie sur Terre.
L’auteur examine successivement toutes les couches qui constituent ensemble la planète Terre, de la croûte sur laquelle nous vivons à la « graine », la partie solide du noyau qui est vraiment le centre de la Terre. Entre les deux, s’étagent le manteau supérieur, le manteau inférieur et le noyau externe (voir schéma page 139 du livre). Ces différentes couches sont séparées par des zones de transition pas complètement étanches.
La structure de la Terre n’est pas encore entièrement connue mais les progrès sont continus et Vincent Courtillot présentent les méthodes d’investigation utilisées par les géophysiciens.
De plus, la Terre fonctionnant comme une dynamo et créant son propre champ magnétique, plusieurs chapitres reviennent sur ce magnétisme terrestre.

La troisième partie du livre a pour sujet l’impact des points chauds sur la vie sur Terre.
C’est le point chaud d’il y a 65 millions d’années qui a provoqué l’extinction des dinosaures et de beaucoup d’autres animaux. Il était situé sous l’Inde actuelle, du moins à l’endroit où l’Inde se trouvait alors et il est à l’origine des traps du Deccan, une gigantesque formation géologique située dans l’ouest de l’Inde. Pendant plusieurs millions d’années, des coulées de lave ont envahi cette région du monde pour finalement « couvrir sur des centaines de mètres d’épaisseur des dizaines de milliers de kilomètres carrés » (page 272). Ces éruptions ont envoyé dans l’atmosphère des substances toxiques, en particulier de grandes quantités de soufre que Vincent Courtillot estime à 10 000 gigatonnes. En comparaison, l’impact de Chicxulub qui date aussi de la fin du Crétacé et qui est souvent donné comme étant LA cause de la disparition des dinosaures n’a apporté que 50 à 500 gigatonnes de soufre dans l‘atmosphère terrestre. 
Les conséquences de ces phénomènes volcaniques ont été des modifications graves du climat et de l'environnement : pluies acides, refroidissement exceptionnel de la surface du globe, acidification des océans et finalement disparition de nombreuses espèces vivantes.
La thèse de Vincent Courtillot ne s’arrête pas là. Il pense en effet que la plupart, sinon toutes, des grandes extinctions ont été provoquées par des périodes de volcanisme intense dues à des points chauds. Aucun phénomène de ce genre n’a lieu aujourd’hui, heureusement pour nous.

Très bon livre donc que ce « Nouveau voyage au centre de la Terre ».
Beaucoup de collaborateurs et d’autres scientifiques sont cités par Vincent Courtillot montrant bien que la science moderne est un travail d’équipe ou plutôt un travail d’équipeS…
Des passages bienvenus rappellent à certains moments l’histoire des géosciences, ce qui est toujours intéressant.
Par ailleurs, la façon dont l’auteur a parfois été (mal) traité par les médias et par certains collègues a manifestement renforcé sa combativité, ce qui est une très bonne chose. Le monde contemporain manque cruellement d’esprits critiques et rebelles et c’est une bonne nouvelle que de constater que certains ne se plient pas aux dogmes dominants.

Sylvain

Citation :

« Sans entrer dans le processus complexe de production des rapports du GIEC, notons qu’il a abouti en 2007 à la publication d’un gros rapport scientifique de près de 1000 pages coordonné par huit experts. Ont aussi été publiés un « résumé technique » de 58 pages et un « résumé à l’attention des décideurs » de 25 pages. Ce dernier a été publié avant le rapport scientifique complet et a requis l’approbation préalable de représentants des gouvernements ! (…)
… sans parler de l’exclusion discrète des contestataires, qui s’expriment par le biais de notes infra-paginales dans le gros rapport que très peu de gens lisent mais qui n’existent plus dans la conclusion finalement retenue. »

Vincent Courtillot : « Nouveau voyage au centre de la Terre » pages 306 et 307.

 

Liens :


- "La discussion sur le réchauffement climatique a complètement échappé aux scientifiques", interview de Vincent Courtillot du 5 octobre 2009 ;

- "De l'observation aux processus et aux modèles en sciences de la Terre : l'exemple des évolutions climatiques récentes", conférence prononcée par Vincent Courtillot le 14 septembre à l'Université de Strasbourg ;
- "Le réchauffement climatique", conférence donnée par Vincent Courtillot à  l'Université de Nantes le 7 juin 2009 ;

- "Parlons net : Vincent Courtillot, un climato-sceptique tempéré", Vincent Courtillot interviewé sur France Info le 28 novembre 2009.

 

P.S. du 1er novembre 2010.

Voici une nouvelle vidéo dans laquelle Vincent Courtillot réagit à la publication par l'Académie des Sciences du rapport visant à faire le point sur les connaissances actulles concernant le climat :

 

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